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Wonder, critique

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Lorsqu’une oeuvre évoque l’émouvante histoire de Auggie, un jeune garçon né avec de sévères difformités faciales qui s’apprête à faire ses premiers pas dans le monde réel, vous pouvez être à peu près sûr qu’elle ne vous laissera pas indifférente. Le collège est probablement l’environnement le moins tolérant dans lequel Auggie pourrait rentrer. Le soutien de parents et d’une grande soeur bienveillants pourra-t-il l’apaiser et faciliter son intégration aux programmes scolaires ?

Naître avec une maladie génétique rare nous rend inévitablement un être humain à part. Chacun d’entre nous est essentiel à toute société qui se respecte, mais Auggie (Jacob Tremblay) a d’importantes cicatrices sur son visage et se sent différent des autres qui l’entourent. C’est constamment avec les yeux pleins d’effroi, un air de dégoût ou un semblant de profonde compassion que les gens l’observent. Les attitudes embarrassées et les regards horrifiés sont lourds à porter et avoir une existence aussi similaire que ces gens apparait comme un calvaire, même si vous avez une famille bienveillante. Auggie vit entre ses instants de distraction, où s’entrecroisent les héros de Star Wars et ses rêves d’aventure dans l’espace, et une maturité inouïe lorsqu’il se glisse dans la peau de ses camarades pour s’intégrer à eux. Auggie aimerait être un enfant comme n’importe qui d’autre et sa grande sœur Via (Izabela Vidovic) ne cesse de lui répéter le contraire : « tu ne peux pas être normal, car tu es né pour te distinguer ».

Auggie n’est jamais allé à l’école, tout ce qu’il a appris lui vient du dévouement et de la patience de sa mère Isabel (Julia Roberts). Subir vingt-sept opérations chirurgicales n’est pas tout le temps facile à supporter et l’instinct de protection d’un parent est amplifié dans ce cas. Cependant, lorsque le moment d’entrer dans une maison d’enseignement survient, tout un tas de choses change et les parents de Auggie souhaitent l’y inscrire pour qu’il noue de véritables amitiés avec des garçons de son âge. Auggie est terrifié, et son courage est mis à rude épreuve face à cette nouvelle vie distincte de celle qu’il a connue avec sa famille.

Le jour de la rentrée scolaire, l’impact est vraiment dur : Auggie est intelligent et ironique. Les regards et les taquineries ne lui font pas peur contrairement à l’immaturité et à la méchanceté de certains. Les épisodes d’intimidation de Justin (Nadji Jeter) et de sa bande de copains rythment son quotidien éprouvant et le directeur de l’école, M. Tushman (Mandy Patinkin), qui soutient des élèves désavantagés à s’insérer, ne l’aide pas. Auggie est désormais seul jusqu’à ce que sa sensibilité et sa sympathie intriguent deux camarades. Jack (Noah Jupe) et Summer (Millie Davis) sont les deux premiers à l’approcher, remarquant qu’au-delà de sa malformation facile se cache une personne normale, en effet, bien meilleure que d’autres. L’unicité de Auggie parvient à vaincre les appréhensions de copains aussi apeurés que décontenancés dans une aventure humaine, riche en surprises. Après une année de dur labeur, Auggie découvre l’amitié et l’espoir. La bonté existe à nouveau et les cœurs des uns et des autres réapprennent à battre régulièrement : changer le regard est de loin d’être effrayant, d’autant plus que Auggie évoque le handicap comme un potentiel d’adaptabilité, une ouverture d’esprit.

Comme dans le « best-seller » du même nom, de R.J. Palacio, la narration est laissée en partie à Auggie, à la première personne, ainsi qu’à sa confidente Miranda (Danielle Rose Russell), sa soeur Via et son camarade Jack. Façonnés par le milieu physique et communautaire dans lequel vit Auggie, ils parviennent difficilement à donner un nouveau souffle à cette oeuvre, relayant au second plan leur existence et leurs points de vue sur la manière dont le handicap peut accaparer une vie. Jusqu’à masquer une autre souffrance. Le handicap n’est pas seulement organique, mais également psychique. Justin et Summer dont les comportements ne sont pas toujours appropriés finissent par s’unir à Auggie lorsqu’ils voient son incroyable capacité à s’émanciper avec autrui.

Le besoin de Auggie de se sentir accepter tel qu’il est, sa douceur, sa fragilité et son sens de l’humour font qu’il est impossible de ne pas sympathiser avec ce jeune garçon imaginaire. Sa soeur Via, qui l’a fait grandir (presque) dans l’ombre de sa propre existence, est une personne à la fois autonome, responsable et désespérément seule face à ses problèmes au lycée. Elle exprime son désarroi à ses parents, Nate (Owen Wilson) et Isabell (Julia Roberts), résilients et silencieux, qui ressentent une forte empathie pour Auggie. Chaque membre devient authentique et entre immédiatement, par association, dans l’expérience de chacun.

Le besoin d’être en vie et de se sentir libre d’être soi-même est omniprésent chez Auggie. L’amour que ressentent ses deux parents à son égard ne cache pas leur volonté de le rendre heureux, mais n’enlève rien à celui qu’ils portent à sa soeur Via en léger retrait. L’insensibilité, l’intimidation et la méchanceté de copains turbulents envers les plus faibles rythment, elles aussi, le quotidien de Auggie. Mais l’extraordinaire amitié qui dépasse l’aspect physique montre à quel point le chemin du possible existe. C’est l’encouragement et la résilience du corps enseignant ou de parents qui peuvent donner à des enfants, comme Auggie, un zeste d’espoir en matière d’autonomie, de confiance et de maturité. Même s’ils vivent dans un monde réel qui n’est pas très compréhensif à l’égard de l’imperfection.

Signé Stephen Chbosky, auteur du monde de Charlie, Auggie parle aux enfants du même âge que Jacob Tremblay qui l’incarne et leur démontre à quel point la diversité ne devrait pas être une limitation pour créer une certaine richesse dans notre société. Chaque jour, nous serons confrontés à des épreuves défavorables ou à des gens inhospitaliers. Nous ne pouvons rien n’y faire. C’est la vie. Mais, avec le bon usage de l’intelligence et le soutien de proches qui nous aiment, toutes les difficultés pourront être surmontées. Ne vous laissez donc pas envahir par des idées ou des préjugés préconçus. Prenez sur vous et soyez désintéressé envers autrui, car chacun mérite, au moins une fois dans son existence, un « standing ovation » pour le dur combat qu’il mène contre l’indifférence. Et si vous voulez voir le vrai visage des gens, quels qu’ils soient, les regarder est toujours mieux que de les ignorer.

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