Critique : Colossal, un film de Nacho Vigalondo - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Colossal, critique

0

Réalisé par Nacho Vigalondo, Colossal est une comédie de science-fiction, dans laquelle une auteure déphasée découvre la présence d’un monstre colossal qui agit selon ses gestes. Mais, cette présence invraisemblable dévoilerait une histoire plus profonde qu’on l’imagine : celle où une vie, à l’apparence banale et insignifiante, pourrait avoir des répercussions sur celle d’autrui…

Gloria (Anne Hathaway) est une jeune romancière new-yorkaise, toujours prête à relever des défis, à s’amuser avec ses copines. Son fiancé Tim (Dan Stevens), devant ses déboires avec l’alcool, la plaque. Gloria est alors contrainte de retourner dans sa ville natale. Là-bas, elle y retrouve Oscar (Jason Sudeikis), un ami d’enfance, qui est le tenancier d’un bar local. Par pitié, Oscar lui offre un travail à temps partiel aux côtés de Garth (Tim Blake Nelson) et de Hunky Joël (Austin Stowell). Un matin, à peine remise d’une soirée arrosée, Gloria se réveille. Elle découvre à la télévision l’existence d’un monstre énorme qui l’imite et qui sème la terreur dans les rues de Séoul. Comment son existence banale peut-elle avoir un effet colossal à l’autre bout du monde ? Son interaction avec ce monstre est-elle le fruit d’une hallucination visuelle, occasionnée par un excès d’alcool ?

Il est difficile d’imaginer qu’une telle créature entre un jour en connexion avec une âme humaine. La façon dont Gloria interagit avec le monstre est inexplicable, mais elle peut aussi refléter une métaphore kafkaïenne. De cette dimension, Gloria, passant d’une vie new-yorkaise excessive à une vie pondérée, se retrouve confrontée à elle-même, à son enfance contrastée. Sur ses terres natales, Gloria retrouve tout un tas d’endroits et de personnes qu’elle a respectivement arpenté et connu. Ses souvenirs remontent à la surface. Parmi eux se trouve une aire de jeux qu’elle traversait avec Oscar pour se rendre au collège. Lorsque Gloria s’agite au milieu de cette aire, elle plonge dans une réalité parallèle, non loin de Séoul où le monstre reproduit ses mouvements. Et les choses se compliquent avec Oscar qui la rejoint dans ce terrain de jeu.

Dans la peau d’une Gloria face à ses déboires métaphoriques, Anne Hathaway nous surprend. Elle irradie l’écran, par sa singularité, ses excès burlesques, son opiniâtreté, nous entrainant dans une aventure dramatiquement cocasse. Prêtant ses traits à Oscar, Jason Sudeikis se montre compatissant et intègre à l’égard de sa partenaire. Sa relation avec cette dernière progresse, se complexifie puis se noircit mystérieusement autour d’une aire de jeu, lors d’affrontements risibles. L’attitude du Oscar qu’il interprète est gênante et perplexe. Sudeikis n’est pas à l’image d’une Anne Hathaway, décalée et drôle, qui essaie d’expliquer la connexion entre le monstre et les gestes absurdes de son personnage. Jason Sudeikis passe de la bonté à la noirceur tout en préférant cette transition à la franchise d’une Gloria farouche.

Nacho Vigalondo n’étoffe pas suffisamment les intentions de ses personnages, notamment le changement brutal du comportement d’Oscar, et la manière dont Gloria devrait être alcoolique et désordonnée. L’est-elle réellement ? Par précaution, Gloria arrête de boire pour ne pas causer de dommage à Séoul lorsqu’elle est dans ce terrain de jeux. Pourquoi Oscar devient-il volatile face à elle ? Pourquoi ne sent-il pas assez en forme pour la comprendre ? Qu’il fasse quelque chose d’admirablement nuisible, qu’il soit empli de dégoût, ivre ou philanthrope envers Gloria, Oscar est marqué par le retour inespéré de la jeune femme.

Bien que le récit comporte des passages inexpliqués, Nacho Vigalondo soigne l’esthétisme de son film, allant jusqu’à utiliser la taille gigantesque du monstre pour créer un parallèle entre les vies de Gloria et d’Oscar. Mais, leur relation est confuse, frustrante, d’autant plus qu’on n’arrive pas à la cerner. Il en est même pour leurs motivations et la tournure des événements, lors d’une issue dramatique et impayable.

Dépassant toute logique, cette comédie de science-fiction « hors-norme » plonge les personnages dans une spirale de violence démesurée et insolite. Les monstres y sont décrits comme l’avatar de Gloria et d’Oscar. Et la confrontation de ces âmes, à la fois agitée et nerveuse, révèle un malaise. Les erreurs de Gloria et les méfaits d’Oscar se manifestent comme ces créatures en colères. Si elle n’est pas comprise, la rancœur peut être aussi colossale que celle de ces monstres. Cette allégorie théâtralement drôle est un commentaire intéressant sur la façon dont les hommes, devant la petitesse de leurs vies banales, peuvent traiter les autres.

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...