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Wind River, critique

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Depuis Comancheria et Sicario qu’il a scénarisés pour David Mackenzie et Denis Villeneuve, Taylor Sheridan ne cesse d’imaginer des intrigues ésotériques aussi lourdes de sens que celles de Dennis Lehane. Avec Wind River, il le prouve une nouvelle fois en opposant l’honneur d’un peuple disparate à l’impuissance de l’homme moderne dans les bas-fonds d’une réserve indienne, non loin du Wyoming…

Magnifiquement sublimées par le directeur de la photographie Ben Richardson (Les Bêtes du sud sauvage), les collines enneigées de la réserve indienne de Wind River se trouvent dans le centre-ouest du Wyoming. Là-bas, en plein blizzard, une Amérindienne court pieds nus, laissant derrière elle des traces de sang. Plus loin, un homme est couché dans la neige. Rifle en main, il élimine les loups qui s’attaquent aux moutons de la région. Cet homme s’appelle Cory (Jeremy Renner) et il est pisteur pour le compte d’une organisation privée. Lors d’une de ses chasses, Cory découvre le corps gelé de cette Amérindienne qui lui évoque sa fille, Natalie (Kelsey Asbille), décédée il y a quelques années dans des circonstances étranges.

D’apparence intransigeante, stoïque et taciturne, Cory semble être marqué par ce qu’il vient de découvrir. Il rend visite à sa femme Wilma (Julia Jones) pour lui en parler et récupérer son fils Casey (Teo Briones). Au fil de leur discussion brève et tendue, l’ombre de Natalie, retrouvée sans vie, refait surface. Et le mystère autour de la mort de cette dernière est de nouveau laissé en suspens. Responsable de l’enquête sur la disparition de Natalie, Dan (Graham Greene), le chef de la police tribale, essaie de lever le voile sur le décès de l’Amérindienne. À l’humour sec, Dan est un fin limier aussi concentré et déterminé que le shérif Marcus (Jeff Bridges). Mais, il ne pourra pas pouvoir aller bien loin, d’autant plus que ses moyens d’intervention et d’investigations sont limités. Passant d’un élégant Las Vegas à un mystérieux Wind River, Jane Banner (Elizabeth Olsen), une jeune recrue idéaliste du FBI, vient lui prêter main-forte.

À l’image d’Emily Blunt qui était parvenue à maintenir sa force intérieure lorsqu’elle avait opposé sa morale à celle du crime organisé, Elizabeth Olsen est tout aussi convaincante et déterminante qu’elle. L’agente fédérale qu’elle joue est à la fois forte et vulnérable dans une région austère, où la mort dévoile des soupçons sur lesquels la loi semble impuissante face à la nature et à la rivalité entre étrangers et habitants, blancs et indigènes. Devant l’incertitude du légiste (Ian Roylance), et persuadée d’avoir à faire à un homicide, Jane Banner poursuit son enquête au côté de Cory pour l’aider à traquer l’auteur de ce qui est un crime. Jeremy Renner incarne, quant à lui, ce dénommé Cory. Il est un homme de peu de mots. Mais ce qu’il dit est suffisamment éloquent pour remonter la piste d’un prédateur, le copain de la défunte, qui vit à quelques mètres d’une plateforme pétrolière. Quand Jane s’y rend avec l’équipe du shérif, elle fait une mystérieuse découverte et une fusillade éclate. Entre les membres de la police tribale pris à partie, les ouvriers de forage et une bande de toxicomanes, les suspects se comptent sur les doigts d’une main. Et ce n’est qu’au retour inattendu de Cory que Jane Banner s’aperçoit que les lois de la nature sont plus impitoyables que celles qu’elle applique au nom de principes moraux. Seuls son partenaire Cory et Martin (Gil Birmingham), deux pères affectés par la tragédie de leurs filles, toutes les deux amies, solderont l’enquête suivant une tradition indienne.

Pour son premier passage devant la caméra, Taylor Sheridan signe ici un thriller complexe, mais habilement tissé, qui démarre comme une simple intrigue policière et qui se termine dans la soif de rétribution. Ce thriller marquant et symbolique sauvegarde l’honneur familial au sein d’une terre glaciale, où la loi du silence est le signe d’un malaise entre deux ethnies opposées, et où la visibilité est réduite pour les cerner.

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