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Whiplash, critique

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Peu importe les multiples prix qu’il a remportés au festival de Deauville et de Sundance, le phénomène Whiplash a entrainé les journalistes et les spectateurs dans une danse enivrante tout en les faisant vivre au rythme des cymbales. Jusqu’où l’oeuvre cinématographique de Damien Chazelle pourra-t-elle à nouveau aller ?

La vingtaine d’années, Andrew Neyman (Miles Teller) songe depuis son enfance à être l’un des meilleurs batteurs de sa génération, mais la concurrence est rude au conservatoire de Manhattan où il répète avec acharnement et intensité. Pour exaucer son rêve, le jeune homme, amoureux et solitaire, se fixe l’objectif d’intégrer le prestigieux orchestre de Terence Fletcher (J.K. Simmons). Lorsque cet intraitable professeur le repère lors d’une répétition, Andrew Neyman décide de se lancer, sous sa direction, dans la quête de l’excellence.

À l’image d’Andrew Neyman, avide de musique et de réussite, Damien Chazelle s’est, lui aussi, entrainé dur pour devenir un instrumentiste professionnel, même s’il s’est éloigné de l’art musical pour se tourner vers le cinéma. Le jeune réalisateur, devant l’insuffisance de trésorerie pour financer Whiplash, est passé d’un long à un court-métrage. Cette première version sur fond de jazz est parvenue à trouver son public, d’autant plus qu’il s’est permis de remporter de nombreux prix au festival de Deauville et de Sundance. Fort de ces récompenses qu’il obtient, Damien Chazelle peut combler les fonds manquants tout en transposant à nouveau son court en un long-métrage qu’il tourne en seulement une vingtaine de jours. Le phénomène Whiplash devient pour Damien Chazelle une belle mise en abîme sur la persévérance.

Le propos du film gravite autour de l’ascension incroyable d’Andrew Neyman et de sa relation intense avec Terence Fletcher qui lui fait découvrir la rigueur de la musique. À ses côtés, le jeune Andrew apprend, se plie les ongles, sue à grosses gouttes pour incarner l’excellence. Il ne rechigne à aucun moment, même s’il doit se conformer à certaines règles strictes. Comment peut-il se dépasser pour réaliser son rêve ? C’est par l’intermédiaire de la batterie que Damien Chazelle nous livre sa position. Il connait son sujet sur le bout des baguettes : il a, lui-même, été instrumentiste dans une formation de jazz avant de se consacrer au cinéma. Il a également fréquenté un chef d’orchestre intransigeant lorsqu’il se rendait au conservatoire. Damien Chazelle frappe fort et juste, allant jusqu’à nous enfermer dans ce conservatoire où Andrew Neyman vit au rythme endiablé des claquements de doigts de Terence Fletcher et des percussions. Dans cette pièce en vase clos, baignée par une lumière orangée et coupée de tout contact avec l’extérieur, les esprits s’échauffent, les corps souffrent, s’écorchent, s’enflamment et suent pour atteindre la performance musicale. Déprécié, humilié et poussé à bout par un Terence Fletcher aussi exigeant que l’instructeur Hartman (Full Metal Jacket), Andrew Neyman lutte pour sa survie au sein de l’orchestre. Les esprits et les corps s’affrontent. Ils se tiennent en équilibre grâce à un rythme musical soutenu. Mais lorsque l’élève s’amuse à dépasser le professeur, les notes ne peuvent qu’emporter tout sur leur passage et laisser sur notre visage un sourire de soulagement, car lorsqu’on veut, on peut.

La performance musicale réside essentiellement dans la confrontation trépidante entre l’esprit et le corps de l’élève et de son instructeur. L’interprétation de J.K. Simmons et de Miles Teller qui les jouent est impressionnante de justesse et de rigueur. Alors qu’ils forment un duo qui ne cesse de se défier, Damien Chazelle qui les filme instaure un jeu de plus en plus dangereux entre eux deux. L’élève intimidé, Miles Teller, laisse vite place à un homme audacieux et tenace qui provoque son professeur, J.K. Simmons, autant que la vie le nargue. D’un choix de vie important à un accident grave, en passant par un renoncement de la musique, le tandem nous interroge sans cesse sur les sacrifices que nous serions prêts à faire pour atteindre notre objectif. Il évoque l’importance de la foi et de la persévérance dans l’accomplissement dudit objectif.

Porté par une interprétation hors-norme, rythmée par des partitions enivrantes, Whiplash nous happe dès les premiers bruits de cymbale. Il nous tord même les entrailles avant de nous relâcher, épuisé, mais certain d’avoir assisté à un grand et inoubliable moment de cinéma.

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