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Vive la crise !, critique

Guillaume Blet 0

Certains passeront outre les défauts de la narration pour rire d’une crise qui frôle le ridicule lorsqu’elle est décrite par Jean-François Davy comme une règle informatique hasardeuse. D’autres ne retiendront que la complexité du schéma narratif, le populisme et les vulgarités. Mais, une chose est certaine : cette bouffonnerie, mêlant dialogues anarchistes et répliques spirituelles, ausculte avec un regard clinique et cynique notre rapport avec la société, et plus particulièrement avec l’univers du travail… 

Dans cette comédie politiquement incorrecte, on assiste à l’abdication de la présidente Marine Le Pen. Après le rejet massif de son projet de loi, et cinq mois après l’élection d’Emmanuel Macron, Jean-François Davy ne fait pas dans la dentelle en nous montrant l’impact de l’extrême droite sur la vie d’une démocratie. La France de 2025 est enlisée dans un bourbier économique sans précédent depuis qu’une série de réformes absurdes a été adoptée par la démissionnaire. Ce sont ici des ordinateurs, symboles parfaits de la déshumanisation, qui prennent les décisions. Les rues de la capitale se sont retrouvées envahies par des sans-domiciles de tous horizons. Qu’ils aient été artistes, artisans, caissiers, étudiants ou vendeurs, ils sont étouffés par des médias qui les scrutent sans cesse. La présence de ces médias est anxiogène et la morale du gouvernement extrémiste est ridicule. Le débat démocratique n’existe plus et le remplaçant de Marine Le Pen provient de la droite, de la gauche et du centre. Et, au milieu de ce désordre, Luigi Pirandello (Venantino Venantini), un auteur fantasque à l’accent italien, part en quête d’une histoire farfelue, où ses personnages demandent leur libre arbitre pour mourir de rire.

Victimes de la décadence d’un système injuste et de précarité, les protagonistes de l’écrivain évoluent dans un monde inquiétant, quelque peu surréalistes, avant de se côtoyer au détour d’une rue, dans un supermarché ou dans un troquet. Ils vivent au gré des situations et servent le propos de Luigi Pirandello qui aborde des problèmes majeurs, tels que l’argent et l’endettement, la marginalisation et la misère, la prostitution et le chômage.

Au sein d’une France déboussolée, où la religion et la technologie ont entraîné des disparités sociales, Dominique Pinon, Emmanuelle Boidron, Florence Thomassin, Jean-Claude Dreyfus, Jean-Marie Bigard, Michel Aumont, Rufus et Venantino Venantini forment une jolie troupe pleine d’entrain. Les personnages qu’ils jouent sont l’antithèse de ce que l’on est. Avec aplomb et talent, les comédiens font preuve de fraternité et de non-sens pour garder un peu de dignité et poser un regard désinvolte sur les relations qu’on a entre nous. Deux d’entre eux se distinguent. Le premier, Jean-Marie Bigard, est Étienne de La Boétie, un élégant et enragé humaniste, et le deuxième, Jean-Claude Dreyfus, endosse le costume d’un incorrigible Montaigne. Bigard et Dreyfus osent tout, allant même jusqu’à s’emparer de l’article 1587 du Code civil pour s’octroyer des droits. Et les situations qu’ils affrontent tous ensemble sont aussi cocasses et irrésistibles que l’irruption de l’auteur italien qui les conçoit.

Imaginée par Jean-François Davy, connu pour ses comédies classiques et paillardes, la crise ne peut qu’apparaitre comme une pure pantalonnade inventée par l’homme pour être sur le plus haut trône du monde. En réalité, et selon l’illustre Michel de Montaigne en 1588, on n’est jamais assis que sur son cul. C’est au bonhomme lui-même de prendre son destin en main et de ne pas sentir la rose devant un dessous-de-table.

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