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Une vie ailleurs, critique

Guillaume Blet 0

Qu’est-ce qu’une mère ? Une mère est-elle une femme qui donne la vie à une âme innocente ? Est-elle une femme qui l’élève ? Pour essayer de répondre à ces questions, Olivier Peyon décide de confronter Sylvie (Isabelle Carré) à son enfant qu’elle n’a plus revu. Peut-elle espérer le retrouver un jour ?

Quatre avant la perte tragique de son ex-mari, Sylvie perd de vue son fils Felipe (Dylan Cortes). Elle le recherche désespérément, sans aucun résultat convaincant. Elle décide de passer par une assistance sociale pour enquêter sur cette disparition. Les conclusions de l’enquête de son correspondant Mehdi (Ramzy Bedia) sont accablantes : Felipe est en Uruguay. Tour à tour angoissés, paniqués et soulagés, Sylvie et Mehdi prennent le premier avion pour le revoir, mais ils ne vont pas être au bout de leurs déconvenues et de leurs surprises. Tous deux découvrent une autre réalité qu’ils n’avaient pas prévue. Felipe vit avec sa grand-mère et sa tante Maria (Maria Dupláa) en parents de substitution. Felipe semble si joyeux avec ses copains qu’il est difficile de l’extraire de sa « nouvelle famille ». Enfin, pour Medhi. Sylvie est, quant à elle, prête à tout pour faire éclater la vérité et récupérer ce que son ex-mari lui a volé.

Si Felipe semble être heureux en Uruguay, il garde néanmoins une affection toute particulière à sa mère lorsqu’il se rend de temps à autre au cimetière où il songe à elle. C’est ce que sa tante Maria et sa grand-mère lui ont affirmé et il n’a aucune raison d’en douter. Au-delà de leurs affirmations se pose tout un tas de questions importantes sur l’amour et le mode d’éducation d’une mère qui retrouve son fils kidnappé par un ex-mari sans scrupule. Comment peut-elle reprendre sa place dans le cœur de Felipe ? Quelle attitude peut-elle adopter lorsque les retrouvailles avec lui et sa belle-famille ne se déroulent pas comme prévu ? D’origine franco-uruguayenne, Felipe a déjà reconstruit une autre vie ailleurs, loin de celle de Sylvie.

Au cœur de ce périple émouvant et intransigeant, oscillant entre la France et l’Uruguay, Isabelle Carré irradie l’écran, par sa fraîcheur, sa justesse de jeu et son naturel. Elle est parfaite face à Ramzy Bedia qui est la véritable révélation de l’oeuvre d’Olivier Peyon. Habitué aux comédies futiles, il surprend, par son authenticité, sa bonhomie et sa clairvoyance. Dylan Cortes est à la fois réservé et solaire dans la peau de Felipe. Maria Dupláa, passant du sourire aux larmes, est désemparée du retour inattendu d’Isabelle Carré.

Soutenu par Cecilia Rouaud, Olivier Peyon aborde le dossier des enfants enlevés par l’un des parents de nationalités différentes. Il accorde autant d’importance à l’enfant qu’à sa vraie mère déterminée à le retrouver. Avec, au cœur de ce dossier épineux, la responsabilité de la mère et de la sœur du défunt face à la législation de deux pays. La justice peut-elle accepter la souffrance psychologique d’un enfant qui semble la masquer derrière ce soleil uruguayen ? Peut-elle accepter et tolérer le désespoir d’une mère à qui on a volé son enfant, même si ce dernier est heureux ? Ce n’est pas que l’amour maternel qui est perturbé par un geste désespéré, mais aussi l’identité et l’équilibre d’un enfant. Le constat est affligeant et le temps est nécessaire pour que ceux qui restent admettent la vérité, s’apprivoisent et se retrouvent à nouveau.

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