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Une Nouvelle chance, critique

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Beaucoup d’entre nous ont déjà ressenti un sentiment d’ennui ou de lassitude dans sa vie. Lorsque l’ambition a disparu et que les craintes d’échec ou de rejet deviennent suffisamment matérialistes, nous avons souvent à nous replier sur ce qui est confortable. Charlie, un jeune cuisinier prometteur, qui connait ce même sentiment désagréable, ne veut plus profiter de l’opportunité qui lui fut offerte de s’immerger dans le monde culinaire. Grâce à cette prémisse, Jake Goldberger met en contraste la maturité d’un esprit vif avec la réalité d’un macrocosme adulte angoissant au sein d’un récit aussi délicat que tendre…

En pleine crise existentielle, Charlie (Freddie Highmore), un jeune homme à la fois maladroit et timide, est amoureux d’Amber (Odeya Rush), une jolie demoiselle, qui travaille comme serveuse à mi-temps dans un café folklorique de la Nouvelle-Orléans. Les sentiments qu’il ressent à son égard ne sont pas un secret pour son entourage le plus proche. Son meilleur ami, l’extraverti Ben (Haley Joel Osment), l’encourage à mieux appréhender son entichement juvénile, sa pudeur, bref ses tourments qui l’incitent à commander des expressos sans l’inviter en dehors du troquet.

Leur camaraderie présente une comparaison fascinante des traits de personnalité dans l’attitude de l’adolescence en proie à des choix d’avenir. Ben possède des objectifs clairs, notamment celui de déménager à New York pour acquérir son autonomie, alors que Charlie se réjouit de son existence indécise. L’autre lien qu’entretient ce dernier avec Heather (Rita Volk) apparait comme une relation fraternelle absolue et platonique nettement plus rafraîchissante. Cette seconde relation se montre comme une approche nouvelle pour que Charlie s’extirpe d’une coquille introvertie, marquée par une matrone bienveillante (Marg Helgenberger). Le jeune homme, entouré de Ben et de Heather, se rend à des soirées, pas si terriblement clichées qu’elles semblent un peu plus merveilleuses que celles des comédies romantiques centrées sur un sentiment positif non partagé. Des retrouvailles émancipatrices sur les toits, à des discussions envahies de tâtonnements, en passant par des sorties respectables, autant de choses définissent un cadre idéal pour dévoiler le charme de Charlie, estompant ses maladresses et ses peurs dans la plus grande authenticité possible.

Se distinguent aussi dans la vie de Charlie des liens familiaux bien disposés avec une mère (Marg Helgenberger), un beau-père et un demi-frère. Dans la peau de l’ainé d’une fratrie malhabile qui se mue au fil du temps comme un fils dévoué, aucun défaut ne transparait dans son comportement, le seul confort qui réconforte son style de vie. Comme sa mère jaillit souvent de son talent de cuisinier – autrefois brillant, l’abandon d’une carrière dans l’univers culinaire l’a entrainé à travailler comme adjoint au directeur dans un cinéma de quartier. Comme si les choses dans son existence ne sont pas en toute bonne foi un gâchis, l’apparition inopportune d’un père (Christopher Meloni), un homme chétif et équivoque, déclenche tout un tas de questions sur ses origines et sur son destin irrésolu.

L’ironie plaisante d’un père brisé et sans emploi, qui aiguillonne sans cesse son fils sur ses ambitions professionnelles, insuffle une nouvelle dynamique à la maladresse et à la tendresse du récit narré par Jake Goldberger. Christopher Meloni apporte une étincelle espiègle et un soulagement comique dans des scènes autrement tendues, telles que sa confiance inavouée et son apparition malencontreuse en vêtements sordides. Christopher Meloni et Marg Helgenberger partagent des carrières similaires dans les séries télévisées – l’authenticité dans leurs manières de communiquer leur amertume, leur émotion brute et leur ressentiment sont remarquables. Les deux comédiens se résument à la surface, en éruption à travers les contrariétés maladroites du jeune homme que Freddie Highmore franchit tant bien que mal avec la douce et vivifiante Odeya Rush.

Le parcours du jeune Charlie et de ses tourments devant des choix d’adulte et une famille bousculée par les frasques d’un des leurs n’est pas aussi complexe et dense qu’on l’imaginait. Mais l’interprétation naturelle et sincère des comédiens l’emporte sur la pudeur du récit. Des secrets dévoilés entre chuchotements doux et plaisanteries ludiques se révèlent comme de poignants moments, allant jusqu’à cerner les difficultés d’intégration auxquelles Charlie est confronté autant que nous pouvons l’être en matière de rencontres. Le réalisme de ce récit, empli d’incertitude et de tâtonnement, nous atteint en plein coeur de La Nouvelle-Orléans, une ville aussi pittoresque que le duo alchimique, Freddie Highmore et Odeya Rush, touché par le miracle de l’émerveillement.

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