Critique : Un homme amoureux, un film de Diane Kurys - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Un homme amoureux, critique

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Lorsqu’un être humain marié décide d’entretenir une liaison, il le fait parfois pour répondre aux attentes de son coeur, souvent pour satisfaire un aspect sombre de sa personnalité. C’est le cas de Steve Elliott, une des figures principales de Diane Kurys, qui entend convaincre sa femme de l’importance de son infidélité dans leur union. Et ce besoin d’éprouver un désir aussi fort que sa loyauté envers sa moitié pourra-t-il justifier l’enrôlement de sa maitresse dans une aventure unique en son genre ?

Cette question est ici le cœur même du récit de Diane Kurys qui l’ouvre sur Steve Elliott, un célèbre acteur de cinéma en pleine gloire, et qui termine sur sa désolation et sa solitude. Peter Coyote possède toute la confiance en soi pour assumer ce protagoniste complexe. Il lui prête ses traits et apparait comme un homme qui n’est pas très obéissant avec le monde artistique qui l’entoure. Passant d’un film à l’autre au gré de ses humeurs, il s’en est allé en Toscane pour retracer l’existence et le suicide du poète Cesar Pavese au sein d’une oeuvre intimiste. Pour marquer un tournant dans sa carrière de comédien, la personne qu’il incarne apporte toutes ses vieilles idées et son fidèle acolyte, interprété par Peter Riegert, se joint à lui dans cette étrangère et nouvelle aventure.

Sur le plateau, Steve Elliott rencontre Jane Steiner (Greta Scacchi) qui s’apprête à lui donner la réplique. Arrive en scène le père de Jane, Harry (John Berry), dont la femme (Claudia Cardinale) est malade. Dans cette scène introductive quelque peu maladroite et infructueuse, Harry est en état d’ébriété. Il essaie de faire des pieds et des mains pour interroger Steve qui ne lui pardonne pas cette entrée inopinée. Jane, devant la fragilité émotionnelle de ses parents, refuse de sympathiser avec ses singeries ivres. Elle quitte le plateau en colère et Steve la suit dans les rues d’une somptueuse Toscane. Lorsque l’un s’en va ailleurs, le second débarque dans ses pensées et le début de leur idylle commence. Mais, est-ce manifestement l’amour qui s’exprime quand la motivation véritable de l’un des deux n’est autre que de combler un vide psychoaffectif ? Leur relation se développe malgré tout. Les deux tourtereaux partagent un tournage singulier, où leur âme, leur corps prennent le temps de s’apprivoiser. Leur complicité irradie l’écran par leur délicatesse, par leur subtilité, sublimant le sentiment affectueux dans ce qu’il a de plus chétif, fort, intense et raffiné, et rendant hommage au cinéma italien des années 1980.

Comment qualifier cette idylle délicate et impétueuse ? Entre analyse comportementale, film d’atmosphère et romance passionnelle, Diane Kurys propose une étude de cas qui prend pour point d’appui Steve Elliott ainsi que les choix et ceux de ses pairs auxquels il est confronté. Parmi eux, le petit ami de Jane Steiner, Bruno Schlosser (Vincent Lindon), un auteur intellectuel en pleine désillusion, débarque sur le plateau pour rejoindre celle qu’il porte dans son cœur. Mais les sentiments qu’ils éprouvent à son égard ne sont-ils pas perdus à jamais, d’autant plus qu’elle semble être sous l’emprise d’un amour désarmant ? Dans ses derniers instants de vie, Julia, la mère de Jane, peut-elle s’en aller sans lui révéler des informations importantes et sans affecter ce qu’elle ressent envers son partenaire de jeu ? Susan Elliott (Jamie Lee Curtis) se rapproche de son mari et la vraie nature de Steve se dévoile. Se dresse le portrait d’un homme amoureux à la fois caractériel, charismatique, égoïste et tourmenté, dont chacun doit écouter, dont chacun doit lui pardonner ses excès et dont chacun doit le laisser faire à sa guise.

La force de ce drame d’une beauté artistique flamboyante réside dans l’interprétation magnétique de Peter Coyote et dans sa façon dont il a construit et a influencé ceux qui l’ont entouré. À bien des égards, il est fascinant et marquant, mais ne l’est pas autant que Peter Riegert dont les yeux témoignent de douleur lorsqu’il se met à son service. Jamie Lee Curtis est une dame confiante et stoïque qui saisit parfaitement la subtilité du personnage de Coyote, même si ses rapports avec lui ne sont visiblement pas étoffés. Greta Scacchi marche sur une ligne étroite. Elle prête ses traits à une jeune femme innocente et naïve dont la conception de l’amour ne l’a pas encore désillusionnée et ce qu’elle exprime n’est rien face au magnétisme d’une vedette au regard langoureux. Dans ses derniers moments de souffle, Claudia Cardinale, quant à elle, lui ouvre les yeux sur l’amour à travers la relation déchirante qu’elle a eue avec un John Berry tout aussi irréfrénable que Peter Coyotte.

La chose qu’on redoute le plus dans une existence finit toujours par arriver, nous apprend Peter Coyote, lors d’un hommage au poète Cesar Pavese. Personne ne pourra la contourner, car chaque élément, chaque rencontre possède une fin. Le récit de Greta Scacchi, marqué par deux amours aussi puissants que vulnérables, n’échappe naturellement pas à ce déterminisme. Ce n’est donc pas une dose d’orgueil, mais un parfum de courage dont on doit faire preuve pour le surmonter et apprécier la vie dans ce qu’elle a de plus belle, de plus intense et de plus triste.

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