Critique : Tueurs, un film de François Troukens - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Tueurs, critique

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Présenté à la Mostra de Venise, Tueurs est le premier long-métrage de François Troukens, un gangster repenti connu du grand banditisme belge, et de Jean-François Hensgens qui retracent le parcours d’un gangster de haut vol. Leur cagoulard cinématographique, Frank Valken, vient de réaliser un casse magistral sans accroc. Du moins, c’est ce qu’il pense. Les suspects idéaux, Frank Valken et son commando, se retrouvent enrôlés bien malgré eux dans une affaire vieille de plus de trente ans, où la frontière entre braqueurs et flics serait dangereusement floue…

Lors d’une archive télévisuelle, mise comme une scène introductive à ce drame, les tueurs du Brabant, qui préféraient cambrioler les supermarchés, ne se préoccupaient pas de laisser des corps dans leur sillage, éliminant sans pitié des enfants et des personnes âgées. À ce jour, de nombreux doutes planent encore sur l’identité desdits tueurs, et certains y voient plus qu’un simple crime sordide, mais une affaire d’État explosive. C’est à partir de cette zone sombre que François Troukens et Jean-François Hensgens nous captivent. En plongeant au coeur de cet imbroglio politico-criminel un gangster de la vieille école, un voleur, mais non meurtrier, ils dévoilent les limites du pouvoir et la faiblesse de son protagoniste. Frank Valken se croit un homme de principes mesuré, qui orchestre ses braquages sans détour. Même ses convictions sont mises à rude épreuve, car l’affaire qui le poursuit le contraint à être lui-même un tueur pour prouver son innocence (toute relative). Si Frank Valken livre une bataille sans merci pour conserver à tout prix son intégrité, la mort n’est jamais très loin dans son esprit. Très vite, la frontière entre le bien et le mal devient difficile à tracer et le sens moral de chacun est remise en question. Le titre du drame, Tueurs, est au pluriel. Que peut-il bien cacher ? Frank Valken peut-il se transformer soudainement en l’ennemi public numéro 1, en suspect idéal de la Belgique ? Sommes-nous témoins d’une diabolique machination où plusieurs intrigues dont celle des tueurs du Brabant, s’entremêlent avec celle de Frank Valken ?

Olivier Gourmet, plus en forme que jamais, est toujours prêt à sauver l’honneur et la peau de ses personnages et, plus particulièrement, le Frank Valken qu’il incarne. Le casting autour de lui est entièrement belge, dévoilant Bouli Lanners, dans un rôle obscur qui lui est inhabituel, et la promesse d’un face-à-face intrigant entre les deux hommes. S’ajoute au duo Lubna Azabal (Incendies), une flic honnête et obstinée, Natacha Régnier (38 Témoins), une juge d’instruction persistante, ainsi que le fougueux Kevin Janssens et le tenace Johan Leysen (The American).

Coécrit par François Troukens et Giordano Gederlini, Tueurs est un drame policier fascinant et nerveux qui ne devrait pas passer inaperçu, d’autant qu’il laisse des traces sans réellement établir des liens entre les sujets qu’il arbore. François Troukens, qui s’est montré très diligent, combine habilement cinéma et réalité. C’est l’un des drames qui vous séduira avec une tension grandissante jusqu’à retenir votre attention dans les moments les plus inattendus. Ce qui distingue vraiment cette production d’autres œuvres similaires est la conscience de genre et le scénario poli et intrigué. Aucune glorification des protagonistes ou de crimes n’est à remarquer. Filmée avec un réalisme et une honnêteté brutaux, cette affaire politico-criminelle, qui unit ces protagonistes de près comme de loin, met en scène une image fiévreuse et sombre du monde du crime organisé.

Du jeu prenant des comédiens à la musique nerveuse de Michael Laguens, en passant par une réalisation brute et efficace de François Troukens et de Jean-François Hensgens, Tueurs se révèle donc comme un parfait drame policier poli et intrigué. À défaut de parler, il laisse autant de traces psychiques qu’une confrontation trépidante et troublante entre Bouli Lanners et Olivier Gourmet. Quand la force de l’un devient omniprésente, l’autre n’a plus d’autres choix que de repousser ses limites jusqu’au point de non-retour, où les tueurs peuvent être aussi bien des flics taciturnes que des voyous intègres.

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