Critique : Tu ne tueras point, un film de Mel Gibson - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Tu ne tueras point, critique

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Cette année, Blood Father et Tu ne tueras point marquent le grand retour de Mel Gibson devant et derrière la caméra. Avec ces deux films rédempteurs, il ne nous laisse pas d’autre choix que de l’acclamer au cinéma. Après nous avoir montré qu’il était sobrement efficace dans la première production, il revient à ce qu’il sait faire de mieux : mettre en scène une fresque aussi intransigeante que celle de Braveheart. Avec une oeuvre de guerre rigoureuse comme celle de Tu ne tueras point, Mel Gibson fait la révérence à Desmond T. Doss, un objecteur de conscience courageux, qui a sauvé plusieurs soldats sur l’île d’Okinawa, au large du Pacifique…

Mel Gibson divise son oeuvre en trois actes : le premier chapitre narre le début de l’existence de Desmond T. Doss (Andrew Garfield) dans sa maison de campagne, non loin de la Virginie. Son éducation est religieuse, marquée par la maladie de son père (Hugo Weaving) et une bagarre avec son frère (Nathaniel Buzolic). Sa mère (Rachel Griffiths) est une femme bienveillante, même si elle est affaiblie par l’attitude d’un mari atteint d’un syndrome de stress post-traumatique. La fragilité d’une mère, la relation conflictuelle avec un frère et la souffrance d’un père poussent Desmond à se rapprocher de Dieu. Les années défilent, Desmond devient de plus en plus croyant. Il passe ses journées entre la campagne et la communauté adventiste dont il est membre. Un jour, Desmond apporte son soutien à un mécanicien, allant jusqu’à l’emmener à l’hospice. Là-bas, il y rencontre Dorothy Schutte (Teresa Palmer). Avec Dieu comme guide, Desmond s’engage dans l’armée pour préserver ses camarades sans meurtrir les assaillants.

Dans le deuxième chapitre, Desmond T. Doss est tourmenté par ses compagnons et ses supérieurs qui le méprisent en raison de son statut d’objecteur de conscience. Pourtant, en mai 1945, il part à Okinawa au grand désespoir de l’armée et de sa famille. Lors d’une empoignade cruelle, Desmond, sous les feux ennemis, prend le risque de porter secours à ses partenaires, par le biais de cordages plus ou moins sophistiqués. Il gagne la confiance et le respect de ses camarades à qui il facilite l’avancée sur l’île japonaise. Les scènes de batailles brutales sont brillamment cinématographiées par Mel Gibson, soulignant l’extraordinaire audace d’un soldat de foi et l’incroyable fraternité de militaires. Desmond apparait comme le héros le plus décoré de la Seconde Guerre mondiale et le « frère de foi » de William Wallace sans qui ses compagnons n’auraient pas pu remporter ce terrible combat.

Dans le troisième et dernier chapitre, la bravoure, la grandeur d’âme et le sacrifice de Desmond T. Doss sont d’une telle ampleur qu’ils submergent toute considération des mérites de Mel Gibson, un homme croyant et passionnant. Le cinéaste termine une histoire narrative sensorielle par une synthèse de la barbarie féroce et du symbolisme religieux. Faisant écho aux dix commandements bibliques, cette synthèse est une ouverture au compromis, incitant l’homme à remettre en cause ses engagements au coeur d’une oeuvre ecclésiastique et emportée. Mel Gibson y alterne brutalité et croyance pour retracer le parcours de Desmond au côté des siens. Alors que le récit hardi de ce héros dérive vers une histoire mélodramatique, Andrew Garfield qui l’incarne se révèle comme un homme de religion et de tolérance, déterminé à aider ses partenaires et à vaincre l’hostilité par l’égalité d’âme. Dans la peau de Desmond, Andrew Garfield défend l’Amérique – non pas par la férocité -, mais par ce trésor qu’il possède en lui depuis l’enfance : son amour envers Dieu. Face à Andrew Garfield, il y a Teresa Palmer qui lui fournit un soutien décisif et impérissable. Les deux comédiens et le reste du casting, en particulier Hugo Weaving, Luke Bracey, Sam Worthington et Vince Vaughn, portent cet hommage sur fond de guérilla, alternant conviction et violence, avec brio. Parmi ce mélange des genres, l’élément le plus remarquable de cette oeuvre réside dans la capacité de Mel Gibson à osciller entre des scènes spectaculaires filmées sans relâche et le parcours d’un soldat de foi. Dans la Bible, il est écrit « Tu ne tueras point ». Cette phrase prend tout son sens pour ce vétéran qui apporte un soutien indéfectible à ses camarades sans aucune arme, lors d’affrontements meurtriers.

Entre la fascination des soldats et la répulsion de Desmond T. Doss pour l’acte de guerre, il serait facile d’entr’apercevoir une certaine hypocrisie de la part de Mel Gibson. Faire une oeuvre de droit chrétien et tourner des scènes de conflit sanglantes créent un malaise pour le spectateur qui voit la cruauté se répandre sous ses yeux dans un chef-d’oeuvre de combat anti-violent. Après cette réserve, Mel Gibson articule cette oeuvre autour de points de vue religieux (ici, la hardiesse de Desmond) tout en trouvant un juste équilibre entre atrocité et humanité. Ainsi, Mel Gibson est au sommet de son art, la mise en image est immersive et le récit qu’il raconte avec foi est fascinant, rendant un salut à un héros de guerre fervent et pacifiste, marqué par une enfance difficile.

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