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Trois souvenirs de ma jeunesse, critique

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Après avoir dirigé Mathieu Amalric sur Jimmy P., Arnaud Desplechin le retrouve dans la peau de Paul Dédalus et le plonge dans une quête existentielle intrigante : la famille, les huit années passées à l’étranger et l’amour de cet étrange Paul Dédalus…

En 1996, Arnaud Desplechin avait raconté de manière sinueuse la vie de Paul Dédalus, un jeune homme éperdument amoureux d’Esther (Emmanuelle Devos). Quelques années plus tard, Paul, quelques rides en plus, se souvient du décès tragique de sa mère Jeanne (Cécile Garcia Fogel) et du vol de ses papiers d’identité, lors d’un voyage en Biélorussie. Ces deux premiers souvenirs conduisent Paul Dédalus à ressasser son histoire d’amour avec Esther.

Porté par Quentin Dolmaire et Lou Roy Lecollinet, ce troisième souvenir évoque la manière dont Paulavait appris la douceur d’aimer, d’être aimé, mais aussi la douleur d’aimer et l’infidélité. À l’image de son frère Ivan (Raphaël Cohen) qui avait consacré son temps à Dieu, Paul avait fait de même en se consacrant à Esther. Des obligations avaient séparé Paul Dédalus et Esther, contraignant le premier à quitter l’autre pour poursuivre ses études d’anthropologie à Paris. Paul et Esther qui avaient continué à se voir se demandaient si leurs écrits étaient suffisants pour préserver leur amour.

À travers ces trois souvenirs, Arnaud Desplechin fait ressurgir le bonheur d’aimer et la peine qui en découle. La seule chose que Paul avait voulue ne pouvait guère se concrétiser. Si Paul était parvenu à aimer Esther d’un amour absolu, ni lui ni Esther n’auraient été assez vertueux pour prétendre à vivre dans cet idéal, puisque leur amour les aurait conduits par une séparation. L’amour est agréable et doux, mais il peut aussi faire peur et souffrir. Lorsque Paul avait prié, le curé qui l’observait ne pouvait que s’en réjouir, sauf que son plaisir de le voir dans sa paroisse risquerait de l’attrister, s’il savait ce que Paul avait demandé à Dieu. Paul s’était rendu compte que sa vision de l’amour l’avait conduit à vivre dans la solitude, car l’amour absolu de Dieu l’avait attiré et effrayé sans le savoir.

Sans jamais en faire trop et sans s’appesantir, Arnaud Desplechin parvient à dévoiler la complexité de l’amour, par le biais des espérances, des peines de Paul et du Malheur D’aimer de Louis Aragon. Reprise par Jean Ferrat, cette chanson résume le film de Arnaud Desplechin comme une œuvre poétiquement belle et émouvante : « Que sais-tu de la longue attente ? Et ne vivre qu’à te nommer Dieu toujours même et différente. Et de toi moi seul à blâmer. Que sais-tu du malheur d’aimer ? »

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