Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Trahisons, critique

0

Même par les normes des régimes dictatoriaux, les nationaux socialistes sont extrêmement sensibles au symbolisme. En conséquence, l’empereur Kaiser Wilhelm II leur pose un sérieux problème. On peut dire beaucoup de choses à son sujet, mais personne ne pourra nier qu’il est allemand. Après l’invasion des Pays-Bas, le IIIe Reich ne trouve pas mieux à faire que de surveiller le IIe Reich, même lorsqu’un major allemand et une domestique s’intéressent à ce monarque déchu dans sa résidence des Pays-Bas. En dépit de leurs allégeances et de leurs devoirs opposés, ce major et la servante se croisent, allant jusqu’à nouer des liens indéfectibles au début d’une période suspicieuse. De la résistance hollandaise qui s’est alliée avec Winston Churchill pour repousser l’avancée des troupes du IIIe Reich aux Pays-Bas à deux agents infiltrés chez le souverain, l’amour arrivera-t-il à surpasser la patrie ?

De retour de Pologne où il a refusé de participer à un acte cruel, Stefan Brandt (Jai Courtney) est parvenu à échapper au peloton d’exécution. Le tribunal militaire, sous la direction de Heinrich Himmler (Eddie Marsan), lui ordonne une nouvelle mission : celle d’assurer la sécurité de Kaiser Wilhelm II (Christopher Plummer) et de réquisitionner sa propriété. Stefan Brandt considère ce verdict comme une bénédiction jusqu’à ce qu’il découvre qu’il doit en plus l’espionner, pendant qu’une domestique, Mieke de Jong (Lily James), a l’air d’en faire autant.

Ostensiblement, Mieke de Jong apparait comme une servante dévouée de Kaiser Wilhelm II, mais elle semble être en quête d’une chose impénétrable. Si tel est le cas, sa présence dans la résidence du monarque pourrait compromettre son avenir. Affecté par la douleur physique qu’il vient de subir, Stefan Brandt s’éprend vite de cette domestique. Quand il émet des doutes sur les rapports qu’elle entretient avec la résistance néerlandaise, il ne s’en préoccupe pas, ne trouvant de sens que dans la préparation de l’arrivée de Heinrich Himmler à la propriété de Kaiser Wilhelm II. Son idylle avec Mieke de Jong semble cependant entraîner quelques heurts avec la femme de Kaiser Wilhelm II qui n’approuve pas sa réaction bienveillante à leur égard. Kaiser Wilhelm II a eu, lui aussi, des relations inconvenantes avec des employées de maison, au désespoir de sa conjointe.

Les circonstances de l’exil de Kaiser Wilhelm II sont pour la plupart exactes, mais le scénariste Simon Burke qui adapte le roman d’Alan Judd prend de grandes libertés pour évoquer le comportement du véritable souverain. Simon Burke spécule follement sur ce qu’il aurait pu faire s’il avait eu une chance d’empêcher la montée au pouvoir du IIIe Reich. Quoi qu’il en soit, l’intrigue qu’il a imaginée est si profonde qu’il semble étrange que les écrivains Len Deighton et Jack Higgins ne l’aient jamais fait pour un thriller d’espionnage sur fond de guerre.

Pour le vrai Kaiser Wilhelm II, Christopher Plummer apparait comme l’ombre de ce qu’il était autrefois lors de ses dernières années : un alter ego sinistre. L’acteur l’incarne comme un monarque qui parait à première vue caractériel, mais qui se montre comme un militant dépassé par un magnétique Eddie Marsan. Lily James est la révélation du récit, ébranlant les certitudes du royaume et interprétant farouchement une insaisissable servante aux côtés de camarades quelque peu désappointés. La comédienne développe une alchimie inquiétante avec Jai Courtney qui apporte à ce récit une gravité psychique. Dans la peau de Stefan Brandt, Jai Courtney se rend coupable d’imprudence quand il entrevoit que ses prises de décisions sont susceptibles de porter préjudice à la jeune femme qu’il aime, mais qu’il poursuit néanmoins en échafaudant un plan douteux. La façon dont Jai Courtney joue son rôle est parfois courageuse, souvent déroutante, tant et si bien qu’on se demande s’il ne va pas être démasqué.

Ici, l’interprétation de Jai Courtney est plus tempérée que celle de Christopher Plummer et de Lily James. Ces derniers, quant à eux, fournissent d’excellentes performances à plusieurs niveaux. Leurs personnages et les rapports qu’ils entretiennent sont complexes et intrigants, aboutissant à la montée de la tension narrative dans des Pays-Bas, où l’avenir semble compromis par la doctrine du IIIe Reich. Lors d’un monologue, Christopher Plummer est fascinant, n’approuvant ni ne condamnant le comportement de ses partenaires qu’il analyse, en particulier le sien. Après avoir gouverné d’une main de maitre l’Allemagne pendant trente ans, le souverain qu’il campe peut difficilement cultiver une « amitié » avec l’un des bras droits d’Adolf Hitler : Heinrich Himmler. La relation entre un Allemand et une Juive qu’il tolère le met dans l’embarras, nous précipitant vers une résolution authentique dont on est impatients de connaître.

David Leveaux et son scénariste Simon Burke s’appuient sur un fait de triste mémoire tout en renouant avec le roman d’espionnage à l’ambiance oppressante. Ils évoquent ce fait sans épeler la tournure des événements tristes qui a désillusionné Stefen Brandt, à savoir sa liaison avec une mystérieuse domestique. Au début de la Seconde Guerre mondiale, nous pouvons imaginer que sa romance est plus que suffisante pour le faire passer comme un héros. Les deux auteurs n’essaient pas non plus de le transformer en un martyr, mais ils traitent son récit de vie comme un drame d’espionnage intense à la fois historique et romanesque, porté par un casting élégant, engageant et sobre. Un conflit terrible peut également amener de belles histoires, comme celle exécutée par Jay Courtney et Lily James, et cette histoire ne peut que laisser une empreinte indélébile dans la tête de leurs personnages marqués par l’empereur Kaiser Wilhelm II.

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *