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Tout l’argent du monde, critique

Guillaume Blet 0

L’industriel américain multimilliardaire, John P. Getty, était l’une des personnalités les plus riches du monde avant son décès en 1976. Au cours de sa vie, il acquit une réputation d’homme d’affaires infâme et impitoyable qui dépensait ses deniers avec plus de sagesse que les gens aisés qu’il connaissait. Cette réputation n’a fait que croître lorsqu’il a envoyé un émissaire pour négocier la libération de son petit-fils, John Paul Getty III, dont les ravisseurs exigèrent une rançon de 17 millions de dollars. Ridley Scott revient en détail sur ce sordide rapt et les difficultés que cet industriel a rencontrées au coeur d’un thriller captivant et exaspérant, où l’argent et la cupidité donneraient à réfléchir sur leurs répercussions réelles…

Alors qu’il vit désormais en Italie avec sa matrone, John Paul Getty III (Charlie Plummer) est un adolescent nomade et solitaire. Au cours d’une nuit agitée, un groupe de gangsters, issus de la mafia calabraise, l’enlève et réclame une importante somme d’argent à sa mère, Gail Harris (Michelle Williams), un brin désarçonnée par ce triste kidnappage. Elle se tourne vers John P. Getty (Christopher Plummer), le grand-père de son enfant, pour obtenir de l’aide. Avare et implacable, l’homme d’affaires rejette la requête de son ancienne bru avec qui il a l’air d’être en froid depuis son divorce d’avec son héritier déchu (Andrew Buchan). John P. Getty engage Fletcher Chase (Mark Wahlberg), un ex-agent secret de la C.I.A., pour négocier avec la pègre calabraise et lui ramener son petit-fils avant qu’elle le retrouve avant lui.

Avec l’aide de David Scarpa qui adapte l’ouvrage Painfully Rich : The Outrageous Fortune and Misfortunes of the Heirs of J. Paul Getty, de John Pearson, Ridley Scott nous plonge d’emblée dans l’univers de la richissime famille Getty. La situation critique à laquelle elle est confrontée nous choque par la cupidité démesurée d’un des leurs : John P. Getty. Son absence de coopération avec son ancienne belle-fille et son attitude inqualifiable qui découle de cette situation alarmante n’a rien de nouveau, si on la replace dans le contexte de l’actualité politique (par exemple, Panama Papers, Pentagon Papers, etc.). L’énorme pression financière que supporte le clan Getty devrait être un motif de préoccupation majeure pour l’otage, mais elle finit quelque peu par vaciller le récit qui les unit. Entre Fletcher Chase, un agent aux intentions doubles, Gail Harris, une femme au tempérament trempé, John P. Getty, un homme d’affaires féroce, des ravisseurs calabrais énigmatiques et une victime affaiblie, les relations qu’ils entretiennent entre eux sont intrigantes et nerveuses.

Si cette affaire de kidnappage dont la tension s’intensifie au rythme de leurs échanges houleux et vifs, trébuche contre des discordances d’intérêts qui l’alourdissent, elle est cependant fascinante, compte tenu des circonstances particulières dans lesquelles Ridley Scott l’a terminée. Comme la plupart d’entre vous le savent déjà, Kevin Spacey devait initialement se glisser dans la peau de John P. Getty. A la suite des allégations de harcèlement sexuel contre Kevin Spacey, Ridley Scott l’a remplacé par Christopher Plummer. Le suppléant réussit à crever l’écran par sa ressemblance frappante avec le vrai John P. Getty et son interprétation magistrale est si effroyable, si implacable qu’on se demande si elle ne dépasse pas la fiction.

La performance de Christopher Plummer pourrait bien lui valoir l’Oscar du meilleur acteur, lors de la prochaine cérémonie à Los Angeles. Elle est plus authentique que celle de Kevin Spacey, faisant de l’homme d’affaires qu’il représente une incarnation déplorable de la cupidité et du capitalisme. Toujours à l’affut de la moindre transaction, le personnage de Christopher Plummer dont le coeur qui se durcit, est insensible et la difficulté d’être disposé à la compassion lui est presque impossible. Son dévouement obsessionnel envers sa fortune est une qualité appréciée dans l’empire qu’il a bâti, mais apparait insensé dans une histoire de kidnapping qui l’éloigne et le rapproche de son ancienne bru et de son petit-fils. Michelle Williams fait preuve de force et de ténacité en interprétant une mère chagrinée et stressée, prête à tout pour retrouver Charlie Plummer. L’acteur de 18 ans se montre comme une victime effrayée et fatiguée par le comportement de ses pairs, en particulier celui d’un intransigeant Christopher Plummer. Dans le rôle de l’agent Fletcher Chase, Mark Wahlberg semble incarner un double jeu et n’apporte presque aucune dynamique au récit, si ce n’est la pression qu’il exerce sur Christopher Plummer, lors d’un malheureux coup de théâtre. Romain Duris, campant un des ravisseurs, a un besoin désespéré d’argent et révèle au fil de la captivité de Charlie Plummer un autre visage : celui d’une insaisissable personne en quête de rédemption.

Même si l’adaptation comporte des défauts de narration, notamment des divergences d’intérêts entre les protagonistes, elle reste néanmoins un « thriller » intense et passionnant sur le capitalisme et sur ses conséquences réelles. Changer un comédien à la dernière minute n’était pas une mince affaire, mais Ridley Scott est parvenu à régler ce souci en embauchant un Christopher Plummer exceptionnel et inquiétant. Cette adaptation ne méritera probablement pas toutes les récompenses, mais le jeu des interprètes, en particulier celui du remplaçant de Kevin Spacey, est remarquable en tout point. À travers l’avarice et l’opportunisme démesurés d’un homme d’affaires, cette oeuvre nous incite à repenser la valeur réelle de l’être humain : seriez-vous prêts à débourser la moindre somme pour sauver un des membres de votre famille ?

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