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Tirez la langue, mademoiselle, critique

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Quadragénaires, Boris et Vladimir Pizarnik sont tous deux frères et médecins au sein du même cabinet médical. Et, pourtant, quelque chose ou quelqu’un va les séparer…

Célibataires endurcis, Boris et Dimitri exercent tous deux dans le quartier chinois et forment un tandem original et attendrissant. Même si cela peut paraître étrange, ils consultent et se partagent les mêmes patients. Le tarif de la consultation ne double pas, mais des complications surviennent vite lorsqu’ils s’amourachent de Judith, mère d’une petite fille diabétique qu’ils soignent. Cette femme va venir chambouler l’existence de ces deux hommes, les obligeant du jour au lendemain à s’interroger sur leur solitude, leurs sentiments, leur capacité à aimer et, plus largement, la dépendance et la vie.

Axelle Ropert part de là pour développer une mise en scène élégante, où l’alternance des tonalités (les rouges flamboyants cadrent Judith et le mélange du bleu et gris entourent les praticiens) rythme le tourment de ces deux frères. La cinéaste française signe ici son deuxième long-métrage et mets en lumière de réels sentiments et valeurs, comme l’altruisme et l’empathie. Boris et Vladimir semblent en effet être des médecins idéaux et possèdent une très bonne capacité d’écoute vis-à-vis de leurs patients.

Toute la profondeur de l’histoire de ces docteurs aux caractères tempérés est conférée par l’oscillation entre légèreté et gravité. Le quartier parisien dans lequel ils vivent tient à distance l’agitation et la fébrilité de Paris. Axelle Ropert filme des gens qui prennent le temps de se dire bonjour et se serrer la main. Cette proximité permet à la réalisatrice de mettre en avant l’honnêteté intellectuelle qui mène ces deux frères à se rapprocher et se comprendre, notamment dans les moments douloureux et décisifs. Tout en tenant un discours franc et loyal à leurs patients et leur cercle privé.

Cet étrange tandem, à l’osmose si particulière excluant toute possibilité de changement, n’est-il pas arrivé à maturité, autrement dit, au stade de la séparation ? L’heure de l’indépendance n’a-t-elle pas sonné ? L’histoire de Boris et Vladimir tend vers un final prévisible, qui suffit à amoindrir les réelles qualités de leur authentique récit. Mais ce défaut est également l’occasion de souligner la véritable force du film : l’absence de cynisme et d’opportunisme des personnages, interprétés par le troublant Cédric Kahn, Laurent Stocker et la fragile Louise Bourgoin.

Axelle Ropert réalise tantôt une chronique sur le quotidien de deux médecins qui s’éprennent d’une jeune femme, tantôt une comédie joyeusement décalée. À aucun moment, la réalisatrice ne force le trait ni ne succombe à la facilité, réservant même des instants inattendus. Charles, hypocondriaque, l’ami des frères, montre que la médecine n’est pas une science infaillible, mais un secteur où la faiblesse et l’erreur peuvent exister. C’est ce sentiment de fragilité et de proximité avec les personnages, cette impression d’assister à une histoire sincère et attachante, qui rendent le film intéressant.

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...

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