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The Wall, critique

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Lorsque l’auteur de Edge of Tomorrow revient derrière la caméra, on s’attend à ce qu’il réalise un film de guerre, où s’affrontent assaillants et militaires patriotiques en plein cœur d’un désert hostile. Ce n’est pas le cas, même s’il crée une certaine ambiguïté et une tension dramatique entre eux. Doug Liman, soutenu par Dwain Worrell, entend démontrer à travers le récit de ses personnages qu’une guerre n’est qu’une diversion confuse et futile. Y parviendra-t-il ?

Doug Liman met en scène un jeu psychologique du chat et de la souris qui se déroule à la fin de la guerre d’Irak. La guerre est officiellement terminée. Et, pourtant, deux militaires américains, Shane (John Cena) et Allen (Aaron Taylor-Johnson), sont envoyés en terre irakienne pour enquêter sur une embuscade, non loin d’un vieil oléoduc. Ils débarquent sur les lieux et ils découvrent des cadavres sans aucun signe d’assaillants. Intrigué par un lourd silence, Shane décide d’approfondir ses fouilles. Jusqu’à ce qu’il tombe par terre sous les yeux impuissants de son camarade.

Allen, devant cette impossibilité d’aider Shane, est contraint de se cacher derrière un mur en friche, le sauvant d’une mort certaine. Shane est-il toujours en vie ou fait-il le mort pour ne pas se faire abattre par le tireur embusqué ? Allen ne le sait pas. Il demande à son régiment leur évacuation, mais sa liaison radio est vite perturbée. C’est alors qu’il se met à parler avec un mystérieux Juba (Laith Nakli). S’ensuivent de longues heures de conversation entre Allen et Juba. Ces échanges sont-ils une feinte pour cerner la vérité ? Peuvent-ils mettre à rude épreuve leur patience et leur sang-froid ? Le dilemme pouvant se poser réside dans la façon dont les choses sont censées se terminer. Les renforts arriveront-ils à temps pour secourir les deux militaires ou seront-ils détournés par Juba ?

S’agit-il du tireur ou d’un messager ? Pourquoi se met-il à parler avec Allen ? Que cherche-t-il à faire ? On ne sait pas grand-chose sur Juba, si ce n’est son métier dans l’enseignement. Il est difficile pour Allen d’en savoir plus. Entre la chaleur ardente, le manque d’eau potable, le sable soufflant et une douloureuse blessure au genou, Allen, de plus en plus fatigué, essaye de détourner en vain l’attention de cette cible, mais il n’y parvient pas. Il lui expose la situation et la manière irrationnelle dont il s’en sortira, d’autant plus que ses intentions demeurent floues.

Cette intrigante conversation, véritable rapport de force stratégique, permet à chacun de jouer avec les nerfs de l’autre. Et pourrait nous faire réfléchir sur les limites du patriotisme, sur les conséquences éthiques et pratiques d’une guerre interminable, entraînant l’homme dans une spirale de violence, et ce quelle que soit sa nationalité. Si tel est le cas, Doug Liman serait susceptible de tirer la sonnette d’alarme sur la méthode amorale dont une guerre est gérée, et les objectifs confus des uns et des autres. Avec, au centre d’un bourbier, des cadavres et une école en ruine qui ressemblent à un pan de mur et à un tas d’ordures derrière lesquels se cachent Aaron Taylor-Johnson et Laith Nakli.

Qu’elles soient américaines ou irakiennes, les personnes qu’ils incarnent courent autant de risque que des familles innocentes tombées sous les balles. Leurs échanges finement détournés, démontrent bien la souffrance de leurs personnages ravagés par la guerre américano-irakienne. L’un, devant la montée d’adrénaline et la sueur dégoulinant de son visage, est perpétuellement à l’affût du moindre mouvement, pendant que l’autre, sous ses airs calmes, est persuadé que la guerre n’est pas terminée, alors qu’elle est.

Dirigés par Doug Liman, capable de faire monter la tension sur leurs longs silences, Aaron Taylor-Johnson et Laith Nakli apparaissent comme des hommes à qui l’on a inculqué des valeurs patriotiques pour protéger des nations en quêtes d’or (noir). Plongés, malgré eux, dans une guerre sans fin, les hommes qu’ils jouent ne s’en remettront probablement pas au cœur d’un film de guerre, dépouillé de toute grandeur et de tout héroïsme. Et, au-delà de cet état de conscience, Liman dévoilerait des enjeux psychologiques qui montreraient à quel point il serait difficile de se remettre d’une guerre détournée de son but.

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