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The Tree of Life, critique

Guillaume Blet 0

On possède deux façons de vivre : on suit soit la nature des choses, soit le signe de la grâce divine. Après La Ligne rouge et Le Nouveau Monde, Terrence Malick essaie de le découvrir en partant à la recherche de l’être humain au sein de notre vaste univers, chorégraphié comme une danse des mains et de l’eau. Des mains qui apprennent et qui touchent à un liquide amniotique qui berce et qui enveloppe, The Tree of Life est une quête spirituelle sur le sens de l’existence. Cela pourrait être aussi une prière sans aucune réponse, allant de l’infiniment grand (des nébuleuses, des premières étincelles de vie, des taches solaires) à l’infiniment petit (une famille texane des années 1950)…

De tradition chrétienne, Jack grandit entre un père autoritaire (Brad Pitt) et une mère aussi avenante qu’impalpable (Jessica Chastain). Grâce à cette mère à la beauté ineffable, qui lui donne la foi, il partage à son jeune frère son amour inconditionnel pendant qu’il affronte l’individualisme rageur de leur pater familias obsédé par leur réussite. Jusqu’au jour où un événement tragique vient le troubler. Ce jour-là, Jack s’est transformé en adulte (Sean Penn), une âme mûre déchirée par l’amour qu’il porte à sa famille. L’architecte affirmé et avide de réponses qu’il est devenu erre dans son esprit. Naviguant entre la modernité du monde qui l’entoure et les souvenirs d’une enfance marquante, Jack se pose tout un tas de questions autour de l’existence et du poids des responsabilités de l’homme.

De la naissance d’un être humain à sa vie d’adulte fragile, en passant par ses admirations, ses angoisses, ses colères et ses jalousies, Terrence Malick nous propose un voyage métaphysique dans l’enfance. Entre confessions et fatalités, choix et obligations, il introduit la notion de dualité dans le récit endeuillé d’un homme croyant, dévoué et perdu. La relation entre Jack et son père est d’une telle violence qu’elle en est l’âme et le coeur de cette oeuvre lyrique et onirique. Au fil d’un voyage spirituel, oscillant entre passé et présent, le jeune personnage de Terrence Malick se révolte rapidement dans ses attitudes et dans ses mots. Passant de l’angoisse à l’obsession, des larmes aux sourires, Jack dépasse ses propres limites, allant jusqu’à prendre appui sur son père pour arriver à maturation, même si les sentiments qu’il éprouve envers ses parents sont ambigus et contrastés.

Fort de la palme d’or qu’il a remportée au festival de Cannes en 2011, Terrence Malick met en scène la beauté et la tristesse dans ce qu’elles ont de plus fragile et spleenétique au coeur d’une oeuvre inspirée et spirituelle. Portée par la grâce de Jessica Chastain, la mélancolie de Sean Penn, un adulescent, et le magnétisme de Brad Pitt, cette oeuvre nous emmène au-delà des frontières de notre imagination pour nous interroger sur le sens de l’éducation. Et, par la même occasion, sublimer la vie sans jamais jouer la carte du pathétisme. La création de Terrence Malick s’oriente résolument vers la lumière, dévoilant avec une grande finesse d’esprit et du regard les vertus de l’enfance sur la reconstruction d’une famille.

NDR : The Tree of Life – Diffusé le 24 mai 2013 – Ciné Plus Premier.

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