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The Strange Ones, critique

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D’une beauté dérangeante et fascinante, The Strange Ones, suscité par la conscience de Christopher Radcliff et de Lauren Wolkstein, porte un regard inaccoutumé sur l’éveil d’un jeune garçon confronté à la puissance de ses rêves. Peut-il parvenir, au fil d’une errance, à voyager dans son esprit pour réveiller au plus profond de lui des instincts de vie adoucis ?

Après d’énigmatiques songeries dont il saisit durement le sens véritable, Sam, un jouvenceau fragile s’enfuit du domicile paternel, jetant le désordre au milieu des camarades de classe. Lors de son inquiétante fuite, Nick, un étrange voisin qu’il connait à peine l’emmène en voiture. Tous les deux s’ensauvent, tels deux frères qui s’ouvrent à la nature, pour déambuler dans la campagne bucolique et dépeuplée. Jusqu’à une série d’évènements déconcertants et inhabituels les préoccupent. Et leur excursion se mue en une quête introspective, où se retrouve dans l’esprit de Sam une grotte dont il occupe la plupart de ses journées.

Bien que l’errance champêtre de Sam commence comme un arcane centré sur ce qui l’entoure, elle se révèle lentement comme un thriller psychologique, où rien de ce qu’on observe dans cette campagne ne peut être exact. Nick qui l’accompagne au fil de cette errance lui explique qu’il peut décider de ce qui est vrai et de ce qui ne l’est pas. L’esprit semble édicter sa propre réalité et Sam en profite pour trouver dans sa relation avec son camarade une certaine forme de réconfort face à des visions perturbantes. Elles sonnent comme un avertissement déclamateur destiné à nous faire comprendre de ce qu’on perçoit serait l’oeuvre même d’une tierce personne. L’interprétation dérangeante de James Freedson-Jackson et de Alex Pettyfer nous intrigue si profondément qu’on est, à l’image de ce qu’ils incarnent, dans un état de semi-conscience. Cet état malaisant nous plonge, en Caroline du Nord, dans un rêve où l’on passe d’un endroit à l’autre, d’un moment à l’autre, telle une âme à la dérive en quête d’un parcours linéaire.

À chaque plongée dans ce rêve et à chaque retour à la réalité, le parcours des deux jeunes gens relève du défi d’entretenir ambigüité et tension sans approcher la vérité ni dévoiler ce qu’ils sont concrètement l’un pour l’autre. Les raisons naturelles qui les motivent à s’autoriser une promenade rurale flirtent d’un peu trop près avec l’ésotérisme, d’autant plus perturbant que rien ne prévoyait à ce que leur relation fraternelle compense un vide psychoaffectif.

Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein conservent ici l’illusion d’un récit itinérant et spéculatif en lui conférant un regard perçant qui nous désoriente. Leur caméra se rapproche sans cesse du moindre objet ou de tout individu. Bien que désorientants, les plans serrés jettent le trouble entre ce qu’imagine James Freedson-Jackson et l’étroitesse du monde dans lequel il s’est réfugié avec Alex Pettyfer. Quoi qu’il en soit, ces plans exigus et îliens possèdent une signification profonde à ce récit dont l’histoire de leurs personnages est quasi sans difficulté. Combiné avec la musique ambiante et vaporeuse que les cinéastes exploitent pour augmenter les instants plus calmes du récit, le son se mêle aux plans-séquences, brouillant les limites entre fiction et réalité comme un rêve de fièvre.

Grâce au duo qu’interprètent James Freedson-Jackson et Alex Pettyfer, Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein façonnent un univers frappant, empli d’ambivalence et d’incertitude. Alex Pettyfe est absolument terrifiant, sonnant comme l’apathique, à la limite d’un rôle sociopathique. Visage impassible, il narre scène après scène ce qu’il ressent sans croire réellement à ce qu’il dit. À l’inverse, James Freedson-Jackson se montre nettement plus doux, ouvert et nourrissant que lui. Ses propos ne semblent aucunement erronés ou irréfléchis, même si les circonstances de son égarement restent une énigme à double sens. Cette zone d’ombre n’efface pas leurs brillantes performances. Les deux acteurs exposent subtilement la dynamique de leurs relations face à ceux qu’ils croisent sur leur chemin. Emily Althaus joue distinctement Kelly, la gérante d’un motel où ils s’abritent, et Gene Jones prête ses traits au responsable d’un centre pour adolescents perturbés. James Freedson-Jackson s’y cache de temps à autre. Il navigue entre la grotte de la forêt et le refuge, essayant de différencier ses rêves de la réalité, mais les angoisses qui l’envahissent le perturbent. Et ces maux qui résultent de son vagabondage demeurent complets autant que difficiles à percevoir.

Bien que le récit soit comme tout bon mystère un jeu de piste réflexif épineux à cerner, la vérité se manifeste dans son aspect le plus occulte qu’elle soit. Cela dit, cela n’enlève rien aux performances du casting – en particulier celle de James Freedson-Jackson qui évoque adroitement l’état incertain et fiévreux de son rôle. Et dont cette itinérance a besoin pour maintenir son influence voilée autour de thèmes freudiens, tels que l’éveil, l’interprétation des rêves et leurs impacts sur la réalité perçue. Reste fascinante la façon dont une pensée cherche à structurer le parcours d’un être perdu, allant jusqu’à le guider vers le chemin de l’introspection sensorielle, le révélant à lui-même et à la force des émotions.

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