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The Secret, critique

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Comme le disait le peinte français Auguste Renoir : « Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que tout le monde a ses raisons ». Les Étasuniens sont toujours à l’affût de chair fraîche. Après Martyrs, Pascal Laugier procède à l’écriture de The Secret. Porté par une saisissante Jessica Biel, The Secret est nettement plus complexe et lyrique que Martyrs, une oeuvre crue à l’atmosphère blafarde. Pascal Laugier conserve sa morale et sa vision déstabilisante du cinéma tout en creusant davantage ses thèmes de prédilection. Il s’en va jusqu’à nous ébranler, nous interloquer sur la frontière entre le bien et le mal à travers la force et le courage d’une femme déterminée à assurer le bien-être d’enfants. Cette quête d’une vengeance légitime et rédemptrice est-elle vraiment nécessaire pour consolider les propos effrayants du film ?

Au coeur d’une bourgade minière isolée et sinistrée des États-Unis, des (tout-)petits se volatilisent sans laisser la moindre trace et ils ne sont jamais retrouvés par les enquêteurs. Si chaque habitant semble connaitre la cause de ces énigmatiques disparitions, Julia (Jessica Biel), médecin de ladite bourgade, est persuadée qu’elles sont liées à des légendes urbaines. Lors d’une nuit, son fils de 6 ans est enlevé sous ses yeux par un individu mystérieux. Julia, devant la conviction qu’elle ne doit pas lâcher prise si elle veut le récupérer, se lance à sa poursuite.

Après Martyr et Saint Ange, Pascal Laugier suscite une profonde réflexion sur le bien et sur le mal au sein d’une société matérialiste dont l’utopiste ne signifie plus grand-chose de nos jours. De cette vision quelque peu étrange et effrayante, l’héroïne qu’il filme est contrainte d’enlever de jeunes enfants pour les extraire de leurs conditions précaires. Même si certains d’entre eux paraissent heureux avec leurs familles, ce personnage central apparait comme une femme résolue avec, comme objectif à sa quête, sa seule raison d’être : entrainer l’épanouissement de l’enfance par la morbidité. Jessica Biel qui la joue jette le trouble dans la salle. Elle provoque parfois la colère, déconcerte souvent dans la façon dont elle combat l’individualisme et la lâcheté de l’homme inerte face à des enlèvements qui les concernent.

Dans la peau d’une héroïne aux multiples facettes, Jessica Biel se montre tout en fêlure, inquiétante et fragile. En face d’elles se trouvent les familles de proches disparus et une ville en émoi, ébranlées par son geste incompris ou inqualifiable. Samantha Ferris, interprétant une mère angoissée et impatiente, et Jodelle Ferland, enlisée dans une vie d’étudiante, sont décontenancées, allant jusqu’à déclencher une série d’actions, aussi absurdes que logiques, contre celle qui pourrait ramener les enfants dont elles possèdent la garde.

S’inspirant des ambiances tamisées de M. Night Shyamalan (Sixième SensIncassable, Signes, Le Village) et des récits de Stephen King, Pascal Laugier nous place dans une vérité ambivalente et nous dévoile une immense responsabilité de l’être humain, où la liberté individuelle est étrangement remise en question à travers les points de vue de ses personnages aux caractères complexes. Même s’il nous désarçonne avec des propos effrayants et même s’il prend le risque de nous perdre en cours de route, The Secret laisse confus, évasif ou incrédule, mais nullement indifférent.

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