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The Neon Demon, critique

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Signé du danois Nicolas Winding Refn, The Neon Demon n’est pas un film qui se regarde, mais qui se contemple comme une véritable œuvre d’art. Chaque plan est savamment pensé pour reproduire l’esthétique des photos de mode et sublimer la beauté de Jesse (Elle Fanning). Cette adolescente pudique aux yeux de biche plaît aux photographes pour qui elle pose. Gigi et Sarah, deux autres mannequins charmantes et sensuelles sont jalouses de sa notoriété grandissante. Cette convoitise démesurée est-elle justifiée pour réussir ? Est-elle le symbole d’une jeunesse qui parfois s’émerveille devant des clichés, souvent s’égare face à tant de mépris ? Cette jalousie peut-elle renforcer notre dégoût pour l’univers de la mode ?

De ses débuts à son ascension dans le monde de la mode, Jesse est, à l’instar de la ballerine Nina (Natalie Portman), capable de tout pour réussir. Tour à tour disciplinée et ingénue, dangereuse et innocente, Jesse est esthétiquement fascinante et Nicolas Winding Refn en profite pour mettre en abyme la vacuité de son propos. La critique du milieu dans lequel Jesse évolue vire rapidement à la métaphore fantastique et à la paranoïa, incitant celui qui la filme à faire l’éloge de la féminité dans ce qu’elle a de plus fragile. Nicolas Winding Refn sublime cette adolescente qui passe d’une chambre de motel bleuâtre (l’innocence et la beauté) pour rentrer chez elle à un studio rougeâtre (la concurrence violente des mannequins) pour aller à son travail.

À la beauté angélique, et oscillant entre la pureté et la rage, Elle Fanning est méconnaissable en tout point. Elle incarne une Lolita à la fois douce et diabolique, prête à tout pour percer dans le milieu frivole et sournois de la mode. Elle sème le trouble partout où elle passe. Qu’elle pose pour son photographe ou qu’elle soit en pause avec sa copine Ruby (Jena Malone), elle fait monter, sans le savoir, son désir et la jalousie des unes des autres. Jusqu’à atteindre l’orgasme et le point de non-retour au sein d’une œuvre psychosensorielle aboutie et lancinante, portée par la musique magnétique de Cliff Martinez.

Si le récit troublant et passionnant de cette Lolita se veut comme une critique glaçante et lancinante de l’univers de la mode où tous les coups sont permis entre les candidates, il n’en reste pas moins une fable dérangeante et onirique qui extrait de la poésie des clichés des photographies sublimes. Par l’extrême platitude, elles dévoilent la façon dont un mannequin doit réussir dans le monde de la mode : celui où la beauté physique est utilisée pour dégoûter l’autre et le faire vomir avant qu’il s’en aille avec un dégoût prononcé pour l’univers artistique.

Cette horreur glacée sied particulièrement à Nicolas Winding Refn qui ne nous laisse pas indifférents avec cette question : doit-on préférer la viande avariée (la femme authentique) à la chair fraiche (la femme superficielle d’une beauté parfaite en ravira plus d’un) ?

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