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The Homesman, critique

Guillaume Blet 0

Neuf ans après Trois Enterrements, qui lui avait valu un prix d’interprétation masculine au festival de Cannes en 2005, Tommy Lee Jones retourne cette année à la réalisation avec The Homesman. Un autre western mélancolique et crépusculaire, où il mélange habilement le genre de son premier film avec des changements de tons. Prenant des allures de comédie dramatique, ce deuxième long-métrage est un récit classique, mais qui surprend par la manière dont les sujets sont traités. Folie, isolement et solitude sont en effet rarement exploités dans le genre…

En les intégrant au récit, Tommy Lee Jones crée l’un des plus beaux portraits féminin jamais vu au cinéma et réalise un western féministe brutal et désespéré. On ne peut qu’être touché et ému par le cri de colère que pousse l’acteur-réalisateur face à une société qui broie les femmes. Ces dernières ne cessent de crouler sous les responsabilités sans avoir le droit de se plaindre. Elles doivent constamment rester forte et souffrir en silence pendant que leurs maris lâches et faibles ne pensent qu’à les utiliser pour les remettre dans le droit chemin ou satisfaire leurs plaisirs. A n’en pas douter, pour Tommy Lee Jones, les choses ne sont pas si différentes de nos jours. Appréhender son western sous l’angle de la folie et du désespoir lui permet donc de composer des personnages intéressants et de former un étonnant tandem avec Hilary Swank.

Mary Bee Cuddy, personnage principal joué par Hilary Swank, est une femme autoritaire, solitaire, pragmatique et courageuse. Elle ne veut ni se marier ni faire des enfants par amour, mais par nécessité, ce qui la rend incroyablement complexe à cerner. Dame au grand cœur et à la personnalité forte, Bee Cudy va être à l’origine d’une surprise la plus déstabilisante et violente du film. De son côté, George Briggs (Tommy Lee Jones), son compagnon de voyage qui l’aide à amener trois femmes (Sonja Richter, Grace Gummer, Miranda Otto) ayant perdu la raison chez une autre (Meryl Streep), apparait comme un être poltron et finit par se montrer aussi futile que les hommes du village. Sous ses airs débridés, Briggs connait tellement la vie qu’il a pris la fâcheuse habitude de ne plus s’attacher aux gens et de fuir lorsque, par malheur, cela lui arrive. C’est une personne juvénile qui se protège derrière sa bouteille, l’humour et la musique.

S’il est dommage que The Homesman ne soit pas exempt de défaut, Tommy Lee Jones signe toutefois l’un des plus beaux et surprenants chocs du cinéma américain cette année.

Bouleversante et poignante, Hilary Swank en femme forte et courageuse mérite un prix d’interprétation féminine. Son partenaire de route, Tommy Lee Jones, qui trouve là l’un des meilleurs rôles de sa carrière, montre qu’il est parfaitement capable d’alterner le comique et la gravité. En face, Sonja Richter, Grace Gummer et Miranda Otto s’en tirent à merveille dans la peau de femmes folles et contrastées.

Porté par un duo authentique, The Homesman est à la fois une odyssée sombre et touchante, un portrait de femmes poignant et un western inédit. A travers ce long périple, Tommy Lee Jones filme l’Ouest des États-Unis comme personne ne l’avait fait et la folie de trois femmes sans jamais détourner le regard. Même si les scènes sont parfois brutales ou insoutenables, le cinéaste réalise un film juste tout en nous offrant un joli morceau de bravoure. Avec une magnifique photographie de Rodrigo Prieto et une excellente partition musicale, voilà une bien belle leçon de cinéma.

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