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Sully, critique

Guillaume Blet 0

Après avoir été commandant de bord pendant plus de 40 ans de son existence, Chesley « Sully » Sullenberger se déclare d’emblée comme un homme humble qui est intervenu pour faire son devoir de pilote lorsque son appareil s’est retrouvé en mauvaise posture, en 2009. Une année marquée par la fraternité d’une mégalopole, mais surtout son courage et son sang-froid exemplaires face à un avion défaillant qu’il est parvenu à poser sur un fleuve pour préserver la vie de ses âmes. S’il y est arrivé, c’est également grâce à son expérience aguerrie et à une connaissance parfaite de son appareil, malgré une absence d’aide de superviseurs et une forte perte d’altitude…

Le 15 janvier 2009, Sully est contraint de se poser dans les eaux glacées de la rivière Hudson, face à New York, laissant en vie 155 passagers. C’est un cas unique dans l’histoire de l’Aviation civile qui permet à Clint Eastwood de nous montrer de nouveau qu’il est passionnant. Il l’est encore plus lorsqu’il s’intéresse aux exploits des hommes méconnus que les médias ne veulent pas mettre en lumière. C’est ce qu’il fait avec l’un d’entre eux, Sully (Tom Hanks), qui vient de réaliser un bel exploit avec son avion. Clint Eastwood se montre tout aussi à l’aise pour filmer un épatant Tom Hanks en commandant chevronné pris dans un tourbillon « mediaco-judiciaire » qu’avec un incroyable Bradley Cooper en tireur d’élite pris dans un conflit irakien. Que ce soit Sully ou American Sniper, Clint Eastwood aime les hommes modestes qui montrent leurs caractères héroïques dans des situations extraordinaires.

Cet amerrissage forcé d’un appareil sur une rivière sans faire de victimes n’arrive pas tous les jours, mais il suffit d’une action effectuée par Sully, un homme expérimenté, pour affronter une situation invraisemblable. Les journalistes se sont vite emparés de son exploit pour le qualifier comme Dieu. Il leur répète qu’il n’est pas Dieu, mais un homme responsable et préoccupé par la sécurité de ses âmes à bord de son avion. En revenant sur cette préoccupation, Sully remet en cause l’intégrité de ces reporters, prêts à tout pour faire de son tour de force un vrai buzz médiatique et peu soucieux de l’éthique de leur profession. Ces journalistes ne sont pas adroits à son égard et les experts de l’Aviation civile le sont nettement moins, lors d’une commission d’enquête absurde. Conscients des risques extrêmes pris pour assurer la sécurité de leurs passagers, Sully et son copilote Jeff (Aaron Eckhart) maitrisent leurs discours. Face aux experts, les deux pilotes ne se sont pas laissés piéger par des essais supervisés depuis un simulateur électronique. Ils en profitent pour insister lourdement sur le facteur humain et sur le fait qu’aucun commandant de bord n’a été formé à ce jour pour lutter contre ce genre de catastrophe sans précédent. Avec de tels arguments non mentionnés dans le rapport d’expertise, les experts, englués dans une théorie infondée, leur donnent raison sans réellement les comprendre.

Clint Eastwood constate une première anomalie : celle d’experts qui agissent en dépit du bon sens. À aucun moment, les experts n’essaient de trouver une solution pour éviter qu’un gravissime incident ne se reproduise, si ce n’est qu’ils ont tenté de les discréditer par crainte de représailles, notamment de la part du constructeur de l’appareil dont la politique de maintenance reste à vérifier.

C’est en poursuivant la confrontation entre experts et pilotes que Clint Eastwood découvre une seconde anomalie : ce n’est pas un avion qui est parti en vrille, mais c’est un État qui marche sur la tête en lançant des accusations injustifiées. Cette médisance illustre toute la folie dichotomique américaine, et c’est la raison à laquelle Eastwood nous place du côté d’Aaron Eckhart et de Tom Hanks pour qu’aucune ramification de cet appontage inévitable ne soit oubliée. Des contrôles du décollage à ceux de l’atterrissage, en passant par l’anxiété des deux pilotes et des experts ubuesques qui leur reprochent leurs comportements, rien n’est négligé. Ce qu’il s’est passé dans le cockpit de l’appareil s’emboîte à merveille, par l’intermédiaire d’une judicieuse démultiplication d’avis aussi éclatants que les ressentis déclamés par les deux pilotes face à leurs pairs illogiques aux propos vaseux.

Pour bien comprendre Sully, le facteur humain que nos pays semblent avoir oublié en cours de chemin, est raconté de la plus belle des façons. Et, ceci, c’est grâce à un Tom Hanks, soutenu par un sobre Aaron Eckhart, qui crève l’écran, par sa discrétion, sa grâce, son cran et son professionnalisme. Tom Hanks nous prouve une nouvelle fois qu’il est un acteur sans égal capable de rendre un formidable hommage au vrai Chesley « Sully » Sullenberger. C’est ici un homme qui a terminé sa carrière militaire avec le grade de capitaine de l’US Air Force.

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