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Stupid Things, critique

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C’est l’été. « Les choses sont étranges », lâche Dayveon (Devin Blackmon), âgé de 13 ans, lors d’une longue promenade. Dans la chaleur étouffante d’une commune de l’Arkansas, sur son vélo, la tristesse transparait sur son visage et la misère suinte les murs de cette ville bucolique, peuplée d’industries en friche et de gangs violents. Arrivera-t-il à se trouver et à faire son deuil d’une vie marquante ?

Perdu dans ses pensées, Dayveon vit dans la pauvreté avec sa sœur Kim (Chasity Moore), son compagnon Brian (Dontrell Bright) et son neveu. Le jeune garçon traine sa mélancolie avec son meilleur ami Brayden (Kordell Johnson) qu’il retrouve dans une carrière désaffectée. Déterminé à ne pas succomber au même sort que son ainé tombé sous les balles, Dayveon rejoint, à contrecœur, un gang local qui accède à sa requête après l’avoir dépouillé et passé à tabac. Sans surprise, le jeune garçon ne prend pas ce rituel d’initiation comme un jeu et un des membres du gang décide de le surveiller pour le former.

Alors qu’il s’est toujours montré bienveillant à son égard, Brian découvre que Dayveon préfère emprunter la voie de son frère plutôt que de trouver la force de résister à la tentation d’un gang. Animé par un désir de vengeance, et fragilisé par la mort de son ainé, le jeune garçon ne veut rien entendre et refuse toute aide extérieure. D’ailleurs, Dayveon, l’âme torturée, lui rétorque : « vous ne serez jamais comme mon frère », lors d’une séance de jeu vidéo animée et déchirante.

D’origine pakistanaise et ayant grandi en Arkansas, Amman Abbasi prend le choix de peupler son premier film avec des acteurs non professionnels. Entre engagement et rigueur, ces derniers contrastent avec la quête crédule de Dayveon, livré à lui-même, où le gang pèse lourdement sur sa vie et où la misère désastreuse reflète l’Amérique profonde laissée à l’abandon. La colère gronde comme la pauvreté et la délinquance fait partie du quotidien du jeune garçon. Encore enfant, Dayveon est délaissé par ses parents. Il est recueilli par sa soeur Kim et son beau-père Brian. Peu de temps après, il perd son ainé, son unique repère, il apprend la vérité sur les causes de sa mort et il rejoint en guise de révolte des malfrats. Passer de la mélancolie à la (petite) criminalité, pour un jeune garçon, comme Dayveon, n’est pas tant un choix imposé que la volonté de survivre. Même si on ne peut pas accepter les actions de Dayveon ou de ces malfrats, on peut encore comprendre ce qui le motive à vouloir les rejoindre.

À quelques minutes de la fin, l’histoire de Dayveon semble se terminer, alors qu’on commence à peine à cerner sa volonté de régler ses comptes avec l’univers brutal de son frère. Cette résolution, où s’oppose sa relation joyeuse avec Brayden et Brian à l’aspect plus sombre de l’âge adulte, n’offre pas beaucoup de chances de survie pour le jeune garçon. Alors qu’il a, lui-même, peur d’un nid d’abeille, on finit par s’interroger sur ses choix et sur leurs retombées inévitables. Et ce qui aurait pu devenir un récit marquant se transforme en une opportunité manquée pour Dayveon ; dont l’ingénuité l’a plongé dans des voies d’égarement et dans les méandres de l’irresponsabilité.

Au coeur d’un Arkansas rural, marqué par les quartiers défavorisés et les sublimes paysages défrichés, le jeune auteur américano-pakistanais, Amman Abbasi, démontre qu’il est difficile pour un jeune garçon naïf de résister aux tentations de la culture des gangs. Et, par la même occasion, de repousser les limites de la violence en l’affrontant avec ses souffrances, son courage et un regard d’enfant innocent.

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