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Sing Street, critique

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Originaire de Dublin, et issu du monde artistique, John Carney retourne dans sa ville natale pour mettre en scène Sing Street, une pépite irlandaise harmonieuse, après le sublime Once qu’il avait réalisé en 2006…

Il y a dans le cinéma de John Carney sa performance musicale et la détermination d’un Ken Loach à aller au bout de ses idées pour favoriser le bon développement des relations sociales. Ce mélange de style ne peut que nous faire avancer en ces temps mornes, où la musique peut remplacer la violence et où rien n’est interprété au hasard par des jeunes en quête de soi.

Au coeur d’un Dublin en pleine récession, les parents de Conor contraignent leur fils (Ferdia Walsh-Peelo) d’aller étudier dans une école publique, dont les règles d’éducation diffèrent de celles de l’établissement qui l’avait protégé. Conor se retrouve au milieu d’élèves turbulents et de professeurs strictes qui le martèlent. À leurs côtés, il découvre à quel point il doit faire profil bas pour être tranquille. Un jour, il rencontre Raphina (Lucy Boynton) et ils décident ensemble de monter un groupe de musique, au grand dam de l’école privée. Conor plonge progressivement dans l’univers artistique de son frère (Jack Reynor) et de sa sœur (Kelly Thornton). Passionnés par le métal, la « new wave », la pop et le rock, ces deux derniers lui font aimer cet univers à travers tout un tas de vinyles.

Sous l’œil sévère du frère Baxter (Don Wycherley) qui ne tolère rien dans l’établissement le plus droitiste de Dublin, la quête de Conor et de ses amis est vouée à l’échec. Mais, l’adolescent est obnubilé par sa cause, celle de dépeindre la musique comme une bouée d’oxygène, que les élèves difficiles n’ont plus d’autres perspectives que de le soutenir. Cette occasion nouvelle leur permettrait de trouver les mots en face des maux irlandais, si leur cohésion et leur détermination à s’insérer perdurent. Cependant, Conor et ses camarades en reviennent à fonder leur groupe : si leurs tentatives d’adaptation réussissent, ils formeront Sing Street qui perdront sa raison d’être ; s’ils n’y arrivent pas, leur volonté d’intégration deviendra moins prioritaire que l’affirmation d’une identité particulière et le réconfort qu’offre la musique. Peu importe le résultat, cette quête finira d’une façon ou d’une autre par s’apparenter – pour Conor et les siens – comme une ode à l’apprentissage de l’âge adulte et à la liberté. Dans une ère d’angoisse où les mots peuvent être le remède des maux s’amorce un hymne à l’existence retrouvée. Se dévoile un cantique à la vie, où Conor et ses amis, dont le quotidien est rythmé par les coups et dont les visages varient selon les chansons, s’émanciperont au gré des notes.

Héritage de la douleur physique et morale, la musique est un poème lyrique qui continue à subsister malgré la crise économique et sociale. Ce qui commence comme un hymne à la vie devient peu à peu une œuvre mélancolique, sombre et splendide, où la jeunesse est décidée à échapper à une réalité morose. Entre déceptions et illusions, entre larmes et rires, rien ne peut l’arrêter. Cette jeunesse défie ses professeurs, ose, allant jusqu’à afficher un style novateur, à prendre l’air, lors de scènes musicales vivifiantes. Audacieuse, déterminée, énergique et volontaire, la juvénilité irlandaise à l’existence chaotique n’a plus rien à perdre : chanter, composer et jouer font partie de son vocabulaire pour s’affranchir d’un monde puritain et  mener sa barque.

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