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Simon et Théodore, critique

Guillaume Blet 0

Les meilleurs jours font de l’âme, celle qui nous caractérise, une âme bienveillante et charitable. Les mauvais jours, quant à eux, la transforment en une âme d’expérience complexe. C’est le cas pour Simon et Théodore, deux êtres vagabonds, profondément affectés par une colère lointaine. Et, au-delà de cette colère qui les envahit, qui les fragilise et qui les rapproche, parviendront-ils à chercher la lumière dans la noirceur de leur indignation pour guérir ?

Simon (Félix Moati) et Théodore (Nils Othenin-Girard) nous illustrent pleinement tant dans la façon d’apprivoiser leurs angoisses et leurs maux que dans leur difficulté à s’aimer et à trouver leur place dans une société inclémente. D’emblée, Simon, un brin égaré, fait irruption dans un magasin de jouets sans savoir réellement ce qu’il veut. Et cette séquence d’ouverture dévoile une aventure attachante et intimiste, où fourmille tout un tas d’émotions et de messages forts sur la différence sociale.

Fort d’une formation médicale non terminée, Simon vient récemment de sortir de l’hôpital psychiatrique, où se sont présentées à lui quelques démences inappropriées. L’âme apaisée et le coeur léger, il s’empresse de rejoindre Rivka (Mélanie Bernier), une femme rabbin, avec qui il est marié et avec qui il attend un enfant. Du haut de son idéalisme, et malgré ses prières, Simon espère la convaincre des progrès de sa maladie. Mais elle découvre à quel point le chemin de la guérison est bien plus délicat que l’homme qu’elle ne cesse d’aimer ose imaginer. Au côté de Rivka, Théodore, un jeune adolescent coléreux et impertinent, prend la poudre d’escampette, lors de la préparation de sa bar-mitsva. Sans la moindre hésitation, Simon lui emboite le pas contre la volonté de Rivka. S’ensuit rapidement pour Simon et Théodore, deux êtres écorchés vifs, une errance bienfaisante et improbable dans les rues de Paris.

Simon et Théodore se mettent à flâner dans les rues de la capitale, telles deux âmes animées et égarées, pour essayer de s’appréhender et de trouver la lumière dans leurs colères lointaines. Au fil de cette errance nocturne, et en dépit de troubles socio-affectifs qui les rassemblent, Simon et Théodore s’échauffent, mais ne sont pas si opposés qu’ils l’imaginent depuis le début de leur rencontre. Ils se révèlent malgré leur fragilité éclatante comme deux personnes à la fois attachantes, déterminées et sensibles qui souffrent, en quelque sorte, de solitude et, plus encore, de ce qui en découle : l’incompréhension de proches intransigeants à leur égard.

À travers Simon et Théodore, Mikael Buch pointe du doigt l’entière responsabilité de la société civile pour la confronter à ses plus grandes craintes. L’anticonformisme, la différence sociale et la maladie en font malheureusement partie. Et se distinguer des autres n’est pas toujours une chose bien perçue par ladite société. Dans l’incertitude de s’intégrer à autrui qui les observe de travers, lors d’une séance de natation, Simon et Théodore se résignent à leur sort. Loin d’être vaincus, Simon et Théodore n’hésitent pas à remettre en place toutes personnes étroites d’esprit qu’ils croisent au détour de rues parisiennes. Derrière la caméra de Mikael Buc, Félix Moati et Nils Othenin-Girard réalisent un formidable tour de force en se glissant dans la peau de ces deux âmes écorchées vives hautes en couleur. Les instants qu’ils partagent entre drôlerie et tristesse dévoilent avec une grande finesse du regard les thèmes de la maladie et de la solitude ainsi que les vertus de la solidarité sur la reconstruction d’une vie.

Résulte de la rencontre entre Simon et Théodore une aventure pudique, sobre et touchante, pleine d’espoir et de vie, emmenée par la familiarité, la générosité et la sincérité de son formidable quatuor d’acteurs, Félix Moati et Nils Othenin-Girard en tête. À eux quatre, les comédiens bousculent nos certitudes et nous font passer d’une émotion à l’autre pour nous interroger sur notre relation à l’autre, souvent dénaturée par une multitude d’idées préconçues, de jugements infondés ou de peurs injustifiées.

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