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Silence, critique

Guillaume Blet 0

Complexe, magistral et puissant sont les trois adjectifs qui caractérisent le nouveau film de Martin Scorsese. Avec Silence, véritable chef d’oeuvre, il met à rude épreuve la foi et le silence au sein d’un Japon du XVIIe siècle, marqué par les inquisitions japonaises. Le silence face à la violence des actes peut-il sauver la foi que l’homme porte en Dieu ? La foi peut-elle cautionner la violence faite à l’encontre d’autrui ? Si oui, comment peut-elle être le symbole d’un amour authentique et fort ? Dans le cas inverse, peut-elle la transcender ?

Après Taxi Driver, Shutter Island et Le Loup de Wall Street, Silence est le dernier film de Martin Scorsese. D’après le roman de Shusaku Endo (1966), ce chef-d’oeuvre revient sur l’histoire vraie de deux prêtres jésuites (ici, Adam Driver et Andrew Garfield) d’origines portugaises. Ces deux-là se rendent au Japon dans l’espoir de retrouver leur mentor : le Père Cristóvão Ferreira (Liam Neeson) capturé par les Japonais. Ces derniers, réfutant l’existence du christianisme au Japon, ont obligé Ferreira à abdiquer sa foi pour sauver des chrétiens de la torture. Au cours de leur quête dans les contrées rurales japonaises, les deux prêtres apprennent à leurs dépens que la foi en Dieu est plus difficile à supporter que la violence faite à l’encontre des chrétiens refusant de renier leur croyance.

Martin Scorsese retranscrit fidèlement une époque marquante : celle du Japon du XVIIe siècle ravagé par les inquisitions japonaises, faisant des chrétiens européens des martyrs de la foi. Son récit impartial est extrêmement bouleversant et puissant qu’on en a gros sur le cœur. Un choc des civilisations et des cultures se crée entre l’Est (Asie) et l’Ouest (Europe), et Scorsese fournit des points de vue impartiaux et indépendants au travers de jésuites sous l’oppression du shogunat Tokugaw. Durant cette ère épique (1603-1868), les Japonais voyaient la religion catholique de l’Occident comme un symbole de pouvoir culturel et politique. Mais, les tortures infligées aux chrétiens persécutés justifiaient-elles leur assassinat et leur coercition ?

On pourrait alors considérer une analogie historique avec ce qu’il s’est passé entre 1480 et 1834, lors de l’inquisition espagnole. Les Espagnols comme les Japonais ont chassé les Maures de leur terre et ont forcé les restants à se convertir au catholicisme sous peine de tortures, car les premiers voyaient l’islam comme un symbole de pouvoir culturel et politique. La meilleure réponse que l’on puisse apporter serait notre compréhension, même si nous n’excusons pas l’enchaînement de violence contre les cultures et les religions. Une analogie peut être établie avec la situation actuelle des réfugiés syriens et leur intégration dans les nations européennes. Quoi qu’il en soit, les thèmes sont complexes et riches, comme l’impact de la foi ou le poids du silence, et le casting – en particulier Adam Driver, Andrew Garfield, Liam Neeson et le magistral Yoshi Oida – est en tout point remarquable. Ces quatre acteurs crèvent l’écran, par leur incroyable performance dramatique et émotionnelle.

D’une remarquable direction artistique et d’une grande virtuosité, Martin Scorsese est à son meilleur, évitant tout jugement ostentatoire et oeuvrant en faveur de dilemmes moraux complexes. Il réalise un chef-d’oeuvre pertinent dans son propos lorsqu’il confronte le dialogue interculturel et interreligieux à un silence lourd à porter. L’angoisse de la foi est la pièce maîtresse d’un puissant récit qui met à rude épreuve la foi. Et qui, par la même occasion, tire un enseignement de vie au travers de l’impact du silence sur des injustices inqualifiables.

Le meilleur enseignement que l’on puisse en tirer réside dans notre volonté à sortir du silence pour aider autrui, quelles que soient les rancœurs. Les outrepasser permet de ne pas souffrir de ce silence et de vivre sereinement avec son prochain. Par contre, garder le silence pour un homme (de foi) apparaît comme le symbole de l’ignorance, de la lâcheté et du mépris face à la violence inqualifiable. En conséquence, l’importance de faire preuve de bonté et de courage, d’aimer et de pardonner est une étape fondamentale pour l’amélioration du niveau de vie dans le monde entier et la réception de l’amour de Dieu.

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