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Sicario : La Guerre des Cartels, critique

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La guerre contre la drogue organisée sur la frontière américano-mexicaine s’est intensifiée et les cartels viennent de commencer un commerce international à travers ladite frontière. Pour lutter contre cette impitoyable guerre, l’agent Josh Brolin s’associe avec le mercenaire Benicio Del Toro. Et le duo insaisissable – qu’ils composent derrière la caméra de Stefano Sollima – nous plonge à nouveau dans un monde aussi détonant et farouche que celui de Comancheria et de Wind River

Captivant, frappant et incisif, ce nouveau Sicario, écrit par Taylor Sheridan, est un thriller d’action, mêlant explosif et violence, dont le récit prend son envol sur les ailes d’un paysage sonore peuplé de gargouillements et de silence. Dans le premier opus de Sicario qu’il a imaginé pour Denis Villeneuve, Taylor Sheridan, lui-même, nous avait initiés aux horreurs de la guerre de la drogue à travers les yeux d’Emily Blunt. L’agente fédérale idéaliste qu’elle était avait fait équipe avec deux têtes brûlées, Josh Brolin et Benicio Del Toro, dont les méthodes de travail étaient loin d’être les siennes, pour démanteler un gigantesque trafic de stupéfiants. Entre le premier volet à l’atmosphère poissarde à cette « suite », l’intensité dramatique demeure inchangée, sonnant continuellement comme un cri de désespoir palpitant pour les deux acteurs. Les deux risque-tout qu’ils incarnent se retrouvent désormais plongés dans l’enfer des cartels. La tonalité de ce cri interminable est nettement plus assidue que celui qu’avait poussé leur collègue Emily Blunt. S’ajoute à cette tonalité grave de leur nouveau récit une tension oppressante qui croit jusqu’à les isoler, chacun de leur côté, dans un environnement immense et hostile, où le danger qui les guette peut les faire tomber à tout moment.

S’appuyant sur l’idée originale de Taylor Sheridan, Stefano Sollima, le successeur de Denis Villeneuve, crée un récit critique, pantelant et sinistre qui nous tient en haleine. Et sont perpétuellement remis en cause nos principes moraux face à l’immersion brutale de ces deux têtes brûlées dans un univers sauvage, affecté par l’impétuosité des cartels et de la drogue. Y sont transportées des marchandises, de tous types, dont la valeur commerciale exploitée n’est autre qu’un mélange de vies humaines innocentes autant que coupables.

Après une introduction effrayante suivie d’une scène d’attentats-suicides que personne ne pourra cautionner, Catherine Keener, comme responsable à la sécurité intérieure des États-Unis, confit une nouvelle mission à Josh Brolin. L’agent fédéral qu’il incarne doit déclencher une guerre entre les cartels à la frontière américano-mexicaine. La carte blanche, qui lui est accordée, est loin d’être opale, laissant planer une certaine zone d’ombre sur les enjeux d’une quête explosive et inquiétante. Se trouvent aux confins du territoire américain qu’il apprivoise avec son partenaire Benicio Del Toro des immigrés et des terroristes qui sont la marchandise la plus précieuse des cartels pour pérenniser leurs trafics transfrontaliers. Derrière ces trafics se calque l’habileté et l’intelligence de Stefano Sollima à répandre le désordre partout où les deux agents qu’ils interprètent passent. Jusqu’à accroître les tensions dramatiques, regorgeant de séquences dont ils sont étrangement positionnés sur l’échiquier américano-mexicain. Entre l’irruption d’une furtive Isabel (Isabela Moner), kidnappée en plein jour, et une série d’attaques qu’ils croisent sur leur chemin criblé d’ombres, la relation qu’ils cultivent avec la fillette déborde d’interrogations envers des conditions médiatico-politiques équivoques.

Devant un certain nombre d’indéterminations et de grognements sourds, l’expérience de Josh Brolin, un agent endurci, compense et insuffle l’énergie à Benicio Del Toro, un mercenaire tour à tour imprévisible et surprenant. Leurs échanges fourmillent de codes et de sous-entendus indistincts, d’autant plus préoccupants qu’après chacune de leur conversation en terrain sauvage, la tension dramatique et émotionnelle croit et s’amoindrit, et inversement, en peu de mots. Résulte du duo insaisissable et invisible qu’ils forment un ensemble de principes et de règles tacites, confrontés à la discrétion de la fillette et à la violence d’un sicaire (Elijah Rodriguez) qui la suit.

Adepte de polars urbains abrupts et réalistes, l’auteur de la série Gomora et de Suburra, Stefano Sollima, inspiré par Taylor Sheridan, impose un rythme plus emporté et soutenu que le premier Sicario grâce à une mise en scène immersive et nerveuse. Dans un univers cruel, tel que celui des cartels mexicains, où se sont infiltrés Josh Brolin et Benicio Del Toro pour engager une guerre des cartels, existent donc un certain nombre de codes et de principes à respecter. Et le jeune sicaire, séduit par la vie des cartels, finit par entr’apercevoir qu’il est, à l’image de ses geôliers, un pion corruptible, s’inscrivant dans un monde impitoyable aux enjeux doubles.

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