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Shutter Island, critique

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Après avoir remporté la palme d’or au festival de Cannes en 1976 pour Taxi Driver, Martin Scorsese retrouve son acteur fétiche, Leonardo DiCaprio, dans Shutter Island, adapté d’une des oeuvres haletantes de Dennis Lehane, où s’entrecroisent la paranoïa, la rédemption et la religion…

Pour sa quatrième collaboration avec le maitre Martin Scorsese, Leonardo DiCaprio entretient une relation particulière avec le réalisateur et les protagonistes tourmentés. L’acteur endosse le rôle d’un Marshall chevronné, Teddy Daniels, qui débarque avec Chuck Aule (Mark Ruffalo) dans un hôpital psychiatrique, situé sur l’île de Shutter Island, où sont internés de dangereux criminels. Les deux collègues se mettent à la recherche d’une patiente (Emily Mortimer) portée disparue sur cette île. Comment peut-elle être sortie d’une cellule fermée de l’extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle les enquêteurs lisent une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Cette preuve peut-elle être un cryptogramme ? La patiente est-elle névropathe ou non ?

Leonardo DiCaprio prend de plus en plus d’assurance en campant des rôles de plus en plus complexes et troubles. Il gagne en maturité et signe une interprétation magistrale. Dans la peau d’un Marshall expérimenté, le comédien s’enlise dans un labyrinthe de ruelles étroites, où se perdre est facile et où un plan est peu utile. Au fil d’une enquête palpitante, parsemée d’ombres fantômes inquiétantes et de témoins suspicieux, il est à la fois envoûté et tourmenté lorsque se mélangent ses croyances et ses suppositions. L’angoisse est mentalisée. Il s’emploie à jeter le trouble par l’addition d’une série de preuves et de témoignages, qui concourent à s’interroger sur les mobiles de leurs dissimulations et, furtivement, à rendre plausible la quête introspective de son personnage. Leonardo DiCaprio se montre comme un héros égaré qui s’est accosté sur une île et qui s’acharne à retrouver une mystérieuse femme sans connaitre la tournure des événements.

Entre apparence et réalité, entre lucidité et conscience, l’oeuvre de Martin Scorsese repose sur les épaules d’un seul et même homme : Leonardo DiCaprio. Son collègue Mark Ruffalo et ses principaux adversaires, Ben Kingsley, Max von Sydow et Ted Levine, s’effacent devant ses faits et gestes. Les intuitions, les cauchemars, les visions font partie de son rôle aveuglé et fasciné par une enquête palpitante, où l’analyse de la vérité peut différer d’une âme à une autre et où la patiente est peut-être un leurre.

Face à l’intelligence et à la névrose du Marshall se trouvent deux femmes. Peuvent-elles se confondre ? S’agitent-elles de la patiente recherchée et de sa compagne (Michelle Williams) ? Ces femmes, toujours présentes à ses côtés, s’inscrivent comme des égéries et ont l’air de l’ausculter dans les moindres détails. L’apparition de muses éclate les faux-semblants et dévoile quelques troubles addictifs de l’enquêteur. Ces muses interprétées par Emily Mortimer et Michelle Williams sont méconnaissables : le corps amaigri pour l’une et le visage pâle pour l’autre. Les comédiennes se révèlent bouleversantes à chaque irruption de Leonardo DiCaprio.

L’oeuvre de Martin Scorsese relate l’enquête policière et le désarroi d’un homme de loi perdu dans les dédales d’un labyrinthe tortueux et dans les méandres de son inconscience. Il s’est fourvoyé entre sa culture visuelle totalisante dont le cerveau est devenu l’écran et une expérience discontinue d’une existence marquante qui revient par fragments. Tour à tour captivante, déroutante et prenante, la quête du Marshall croît à un rythme insoutenable et Martin Scorsese qui la narre filme tout ce que son héros imagine et voit. Des sentiments aux visages, en passant du sol au plafond, Martin Scorsese n’oublie rien. L’ambiance moite et troublante qui se dégage de cette oeuvre pantelante nous retourne les méninges jusqu’à nous laisser sans voix.

NDR : Shutter Island – Diffusé le 3 février 2013 – France 2.

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