Critique : Rider, un film de Jamie M. Dagg - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Rider, critique

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À peine débarqué au Laos, et buvant quelques verres pour oublier un échange houleux avec son chef de service, un médecin américain porte assistance à une jeune femme en détresse et un étranger fait basculer la situation. Empli de culpabilité, ce médecin, sans pièce d’identité, essaie par tous les moyens d’échapper à la police et de rejoindre son pays. Y arrivera-t-il ?

« Ton visage. Que lui est-il arrivé ? J’étais ivre hier soir. J’étais en vélo et je suis tombé ». Pouvez-vous croire à ce genre de situation ? La veille, le médecin était debout dans une salle d’opération, amputant la jambe de son patient avec une scie. Le lendemain, il court comme un fou à travers le Laos pour échapper à l’emprise des autorités laotiennes parties à sa recherche.

Ce médecin s’appelle John (Rossif Sutherland) et travaille dans un centre de soins, situé à quelques kilomètres du Laos. Il est aussi consciencieux et têtu que son chef de service, le Docteur Novella (Sara Botsford), qui le trouve fatigué. Sa détermination à continuer son travail sans repos le conduit sur la route des vacances forcées. Arrivé à destination, John sirote déjà quelques verres avec un barman sympathique. Sur la route menant vers sa chambre d’hôtel, il vient en aide à une indigène qu’il a croisée au bar. Débarquant de nulle part, un inconnu ivre et violent s’en prend à lui. En une fraction de seconde, et sans qu’il le veuille, John porte un coup fatal. Il se retrouve malgré lui la victime d’un coup monté par le père de l’étranger, un influent et richissime sénateur australien. S’ensuit une intense chasse à l’homme pour John qui est désigné comme coupable par la police laotienne. Qu’il soit coupable, c’est un fait, mais la guerre de survie à laquelle John pense ne doit pas être jugée dans le Laos, lui-même, mais dans un contexte politique complexe entre deux nations dont les lois diffèrent et dont les relations sont critiques.

La culpabilité, la détresse et la peur sont parfois dans les parages et ils sonnent à la porte de ce médecin, l’entrainant vers des contrées sinueuses, à son grand dam. Toujours en sueur, John, blessé et essoufflé, est sans cesse dans l’expectative, tenu par l’irrépressible besoin de connaitre les raisons qui le poussent à fuir. D’une promenade en pirogue avec un riverain à une scène d’ascenseur mouvementée, en passant par un folklorique voyage en bus, John n’est pas au bout de ses surprises. Peu importe de quelle façon il voyage, il doit se mettre hors de portée des autorités et rejoindre une ambassade américaine. Et lorsqu’il commence à cerner les enjeux de sa fuite au contact d’un interlocuteur (Ted Atherton), il prend une ultime décision, allant à l’encontre de ses principes moraux. Le résultat de cette chasse à l’homme dans laquelle il s’est engagé est qu’elle ne s’arrête jamais. Approprié pour un climat laotien tendu, le rythme de sa quête est exaltant et vif.

Rossif Sutherland, le fils de Donald et le demi-frère de Kiefer Sutherland, agit de manière convaincante. Derrière cette quête où il s’appuie sur sa manière de raisonner pour survivre, la peur et le désespoir transparaissent sur le visage du John qu’il incarne. L’environnement est étouffant et hostile à son personnage. La tension du récit monte jusqu’à son apogée. On ne sait pas à quel moment la chasse à l’homme s’arrêtera et la vérité éclatera au grand jour.

Bien que l’histoire soit assez évidente, la fin est surprenante. On imagine le pire pour John, un médecin intègre, qui voit ses vacances se transformer en une quête cauchemardesque. La chaîne des événements qu’il traverse, et la différence culturelle de son pays d’origine et de celui où il travaille prédisent l’obscurité et la malédiction d’un homme qui s’est trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. Ne pouvant résister à faire du bien aux autres, John nous donne matière à réfléchir sur le sens réel de l’héroïsme, de la justice et de la responsabilité, lors d’une finalité quelque peu pénible, mais inattendue.

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