Critique : Revenger, un film de Walter Hill - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Revenger, critique

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Walter Hill est de retour derrière la caméra pour son vingt-cinquième film en tant que réalisateur. Avec Revenger, il reprend le thème éculé de la vengeance. Il le traite sous l’angle de concepts beaucoup plus larges qu’ils n’y paraissent : la science et la médecine s’entrechoquent au sein d’un film d’action rédempteur. L’un pourra-t-il transcender l’éthique de l’autre et la morale de l’homme ?

La mine patibulaire, Frank Kitchen (Michelle Rodriguez) est un tueur sans pitié qui erre dans les rues tel un zombie. Il traque sans relâche ses proies pour exécuter des contrats. Après avoir abattu sa dernière cible (Adrian Hough), Frank est trahi par son patron. Il est capturé par Rachel (Sigourney Weaver), une brillante chirurgienne, prête à tout pour dépasser les limites de la médecine jusque dans la noirceur de l’âme. Par un incroyable coup de bistouri, Frank se réveille dans le corps d’une femme, à son grand désespoir. Contraint de s’adapter à sa nouvelle condition, il découvre au fil de ses péripéties qu’il a été l’objet d’une manipulation. Il s’engage alors dans une impitoyable quête contre Rachel et ses sbires. Pour Franck, c’est un combat de tous les instants, où s’entrecroisent le thème de la rédemption et celui de la vengeance.

Présenté au festival international de Toronto, en 2016, Revenger est le dernier film de Walter Hill, l’auteur des deux volets de 48 heures, de 48 heures de plus et de Double Détente. Il nous plonge d’emblée dans les pensées d’une Sigourney Weaver aussi déconcertante qu’effrayante. On assiste à une longue entrevue, distillant hors-champs et retours en arrière, dans laquelle elle revient sur le récit machiavélique de la doctoresse qu’elle joue. Et une terrible course contre la montre emmène l’homme, en quête d’affirmation, jusque dans les recoins d’une intrigue médicale et scientifique soutenue.

De cette perspective, Walter Hill regarde les anciens films hollywoodiens comme une préface de « séries B » modernes. Dans une mise en scène nerveuse et sans fioriture, son récit repose sur la dynamique du genre : le résultat final, à l’esthétique léchée, est le départ d’un film d’action rédempteur. Avec, en ligne de mire, une confrontation psychologique et redoutable entre une chirurgienne et un tueur aux motivations troubles. Allant de l’imagination de Quentin Tarantino aux influences visuelles de Frank Miller (Sin City), Walter Hill propose une large discussion sur la réaffirmation du corps, par le biais de la personnalité ambiguë de ses personnages. L’un d’entre eux n’est pas sans rappeler Christine Jorgensen qui avait subi, de son plein gré, une opération chirurgicale de réassignation sexuelle. Revenger devient une œuvre du concept de l’exposition archaïque, aux propos sans concession.

Walter Hill ne lésine pas sur les moyens en opposant la troublante Sigourney Weaver à la détonante Michelle Rodríguez. Bien qu’il évoque la redécouverte de l’identité à travers un chemin de rédemption, parsemé d’abus et de violence, sa thèse est encore trop scientifique pour être expliquée rationnellement. Même le caractère controversé de la chirurgienne, mélange de génie et de folie, reste une pièce maitresse effroyablement et incroyablement intéressante.

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