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Réparer les vivants, critique

Guillaume Blet 0

Après ses précédents films, Un poison violent et Suzanne, Katell Quillévéré adapte le célèbre ouvrage de Maylis de Kerangal, un « thriller » médical humaniste, qui met en scène plusieurs vies humaines autour d’un don d’organe entre l’hôpital de la Pitié Salpêtrière et celui du Havre…

Le film commence le matin avec le réveil de Simon (Gabin Verdet), âgé de 19 ans, et l’emballement de son cœur. Il est plus tard victime d’un accident de la route après une session de surf avec ses deux amis. Ces derniers n’ont que des fractures et Simon se retrouve en réanimation. Le Docteur Révol (Bouli Lanners) dit à sa mère Marianne (Emmanuelle Seigner) que les lésions sont irréversibles et que Simon est plongé dans le coma à l’hôpital. Lorsqu’elle y retourne avec son époux Vincent (Kool Shen), le Docteur Révol leur annonce la mort cérébrale de leur fils Simon. Thomas (Tahar Rahim), infirmier spécialisé dans le don d’organes, demande aux parents si les organes de Simon peuvent être donnés à l’hôpital, ce qui pourrait sauver une autre vie en souffrance. Marianne et Vincent reviennent dans la soirée à l’hôpital. Ils donnent leur accord à Thomas à la condition de respecter le corps de Simon et les volontés de sa copine Juliette (Galatea Bellugi). Les données médicales de Simon sont entrées dans un logiciel centralisé au centre de dons. Ce centre permet aux équipes hospitalières de trouver un receveur compatible pour chaque organe. Un peu avant minuit, une dénommée Claire (Anne Dorval), atteinte de myocardite, est sur le point de subir une transplantation cardiaque. Entre le donneur et la receveuse, il ne reste que peu de temps pour cerner la manière dont la vie peut être aussi précieuse qu’un don d’organe.

Katell Quillévéré nous offre d’abord des moments de tendresse et de tristesse, alternés joliment entre des adolescents, au large d’une ville côtière. Dans une sublime scène d’ouverture, Simon quitte sa petite amie Juliette. Il la photographie, il la sublime du regard avant de disparaitre et de rejoindre ses copains pour faire du surf. Simon est un être exceptionnel au cœur tendre. Il est impressionnant lorsqu’il est en symbiose parfaite avec l’océan. Ce qui devait être une simple vague à prendre se transforme en un ouragan venu le frapper de plein fouet, lui et ces copains, emportés par la mer. Le départ de Simon est d’une physionomie et d’une simplicité enfantine sublimes, délivrant un sentiment d’une vie exaltante, joyeuse, folle, mais malheureusement impermanente. Le surf n’est rien comparé à un autre sport intense : Simon se rappelle d’avoir accompagné Juliette à son arrêt de bus et de l’avoir attendue, essoufflé, à deux pas de chez elle pour l’embrasser… délicatement et tendrement.

Plus tard, Katell Quillévéré nous conte le parcours de Claire, la mère de Maxime (Finnegan Oldfield) et de Sam (Théo Cholbi), qui assiste au concert de son ex-compagne : Anne (Alice Taglioni). Avant l’intervention de Thomas et du Docteur Breva (Karim Leklou), Claire rencontre son cardiologue (Dominique Blanc) qui va effectuer la transplantation cardiaque dont elle a besoin. L’intervention de Claire sur la table d’opération n’est pas aussi intense et marquante que la présence de Simon, amateur de sensations fortes, laissant derrière lui une famille dans le chagrin.

Marianne et Vincent, toujours dans une douleur vive, accepte petit à petit la grandeur d’âme de l’infirmier coordinateur et de leur fils. C’est cette grandeur d’âme qu’ils respectent. Le soignant exsude la bonté humaine lorsqu’il honore leur demande : celle de faire un rituel d’adieu à Simon avant que le cœur se retrouve dans le corps de Claire. Cet adieu évoque la performance de l’équipe médicale à prendre soin d’un corps humain tout en sublimant l’émotion intense d’une petite amie, visage déchirant la lumière de l’aube, qui l’a aimé malgré son souffle. Cet amour est le résultat d’une vie charitable (celle d’avoir sauvé un cœur), honorable (celle d’avoir aimé intensément un autre cœur) et insupportable (celle d’avoir laissé des cœurs dans la douleur).

La bienveillance des proches, la sensibilité inouïe de Jeanne (Minoa Chokri) et la tendresse de Thomas envers un oiseau nord-Africain sont autant de petites aspirations qui symbolisent la vraie définition de l’émotion, de la bonté et de la décence. De l’accompagnement de Simon jusqu’au bout de sa vague, aux autres dont l’existence doit reprendre son cours sans lui, cette histoire bouleversante, empreinte d’amour, de pudeur et de réalisme, est racontée sans déballage ni larmoiement. Katell Quillévéré fait de son film un récit joliment bien écrit, grand, juste, sobre et surtout fidèle à l’image de ce que Maylis de Kerangal a pu composer : un récit sur ce que la vie a de plus fragile et lumineux.

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