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Redivider, critique

Guillaume Blet 0

Réalisé par Tim Smit, un réalisateur néerlandais, Redivider incarne la quintessence parfaite d’un concept de haute technologique à la fois controversé et flou, où le capitalisme s’oppose au libéralisme. Ce concept est-il une fin en soi, plaçant l’être au coeur d’une société nouvelle, l’améliorant, lui et son existence, et le surpassant au nom de la science ? Cette conception innovante est-elle un outil complémentaire à l’homme pour l’aider à vivre sans transcender sa morale ? 

Dan Stevens se hisse dans la peau de Will, un ex-pilote de la NASA et un physicien, qui est recruté par Alterplex, une puissante entreprise énergétique. Avec l’aide du scientifique, Abigail (Bérénice Marlohe) crée et coordonne un projet révolutionnaire. Ce projet s’inspire d’une des théories d’Albert Einstein : celle où la masse est utilisée comme énergie et celle où un monde artificiel la redistribue pour alimenter la planète sans limitation de temps. Lors de la phase expérimentale du projet, rien ne se passe comme prévu, entrainant un surplus d’énergie sur la Terre. Will est alors contraint de rejoindre le monde factice pour y installer Redivider, un dispositif de sécurité, et sécuriser le flux énergique. Là-bas, Will rencontre d’autres imprévus et il se résout à combattre des drones, des militaires et des rebelles avant de se frayer un chemin jusqu’à Alterplex. Cette décision est-elle la bonne pour parvenir à ses fins ? Ne l’entraine-t-elle pas vers une autre réalité plus sombre ? Et, au-delà du choix qu’il prend, se dessine une quête effrénée, où un homme, enfermé malgré lui dans un monde parallèle, se confronte à une multinationale aux doubles visages.

Au fil de cette quête mouvementée, les scènes d’action qui s’enchainent à une vitesse fulgurante sont fluides. Mêlant l’univers du jeu vidéo et celui de la science-fiction, elles sont remarquablement orchestrées par les comédiens, en particulier Dan Stevens et Tygo Gernandt. Seul hic : l’intrigue qui unit leur personnage ne tient pas toutes ses promesses à l’instant où l’on examine leurs comportements face à un énigmatique projet. Formé par la NASA, Will devrait maitriser sa mission. Ce n’est pas le cas. Il semble prendre des décisions qui causent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent, notamment lorsqu’il se laisse entrainer par l’ambition de Abigail et la vengeance de Michael. Comment ses deux partenaires, aussi impassibles qu’intrigants, sont-ils parvenus à le retrouver facilement dans le monde synthétique, où il a l’air d’être enfermé ? Alors qu’ils sont censés être sur Terre, les deux partenaires de Will pourraient bien lui cacher des choses, lors de leurs confrontations quelque peu loufoques.

Tim Smit nous offre un récit artistiquement captivant, même s’il peine à étoffer son intrigue et ses personnages. Les intentions des uns et des autres sont confuses. Ils se sont rassemblés autour d’un étrange projet sans que personne n’imagine les impacts dévastateurs de la technologie sur la planète. Et lorsque l’un d’entre eux commence à cerner ce qu’il s’est passé, le piège se referme doucement sur lui-même, le condamnant à prendre une décision finale aussi audacieuse que le projet Redivider.

Si le récit de Tim Smit présente des incohérences scénaristiques, lors du procédé de développement des personnages, il suscite tout un tas de questions sur le fonctionnement réel de l’ingénierie. Peut-elle avoir des limites ? Est-elle faite pour être franchie, allant jusqu’à mettre en péril des âmes enfermées dans un monde dévasté ? L’homme peut-il s’ériger comme un héros, alors qu’il a lui-même façonné cette nouvelle technologie ? Si celle-là atteint ses limites, pourrait-elle propulser capitalisme et libéralisme dans une réalité bien plus réelle et tragique que celle d’un jeu vidéo ? Cet univers vidéo dans lequel sont encapsulés les personnages pourrait-il redéfinir l’héroïsme et mettre en garde les jeunes sur ce qu’il pourrait se produire dans les années futures ?

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