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Reality, critique

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« Après Gomorra, je souhaitais faire un film différent, changer de registre. C’est pour cela que je me suis mis à la comédie », confiait Matteo Garrone pendant la conférence de presse cannoise. Voici son dernier film Reality, qui a reçu le grand prix du 65e festival de Cannes…

Au cœur de Naples, Luciano est un chef de famille hâbleur et joyeusement exubérant qui exerce ses talents de bonimenteur et de comique devant sa petite tribu et les clients de sa poissonnerie. Un jour, poussé par ses enfants, il participe sans trop y croire au casting de la plus célèbre émission de télé-réalité. Dès cet instant, sa vie bascule et son rêve de devenir une personnalité médiatique va modifier son destin et celui de son entourage.

Après Gomorra, puissant tableau de la mafia calabraise, Matteo Garrone adapte un fait divers réel sur l’univers de la télé-réalité. Pour l’illustrer, il installe un climat de conte de fées et suit l’histoire d’une famille italienne de classe moyenne domiciliée dans un somptueux château. Matteo Garrone nous présente Luciano, un homme obsessionnel et affabulateur qui, encouragé par ses proches et le gagnant d’une émission hystériques, participe à un programme de télé-réalité.

Dans le contexte d’une Italie en crise, oscillant entre décors huppés et pauvres, Matteo Garrone confronte cette famille avec un jeu de télévision. Son personnage, Luciano, passe les castings de cette émission. Dès lors, y participer devient une obsession. Les travellings aériens du réalisateur laissent place à une caméra à l’épaule plus intimiste, plus documentaliste. Au gré des rues napolitaines, il emmène Luciano dans un véritable paradis terrestre. Ses voisins, ses collègues du marché, sa famille s’agitent derrière lui. À quelques jours de son entrée dans un loft sécurisé, Matteo Garrone le dépeint comme une vedette accablée par son public, aveuglée par une obsession, une folie démesurée et inquiétante qui monte crescendo, telle une paranoïa. Le cinéaste exploite la candeur de Luciano pour mieux le révéler tel qu’il est : un homme épié par les producteurs de l’émission, coincé entre fable et réalité, qui ne cherche qu’à exister. Montrant la démence de son personnage en lui faisant jeter les meubles qu’il avait acheté avec sa femme par la fenêtre, Matteo Garrone met en lumière la transfiguration de Luciano, de manière à la fois critique et humoristique.

Matteo Garrone étonne. Son Reality ressemble à une comédie, une allégorie et s’achève en tragédie sociale. Ses personnages, notamment Aniello Arena, le comédien de la Compagnia della Fortezza déchiré entre naïveté et ambition, condamné par un système télévisuel, semblent en perte d’identité. Le cinéaste fait de l’homme un être dépendant, coupé de la réalité. Et dresse ainsi un constat amer du monde de la télé-réalité, ses enjeux et son emprise sur les médias et les spectateurs.

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