Critique : Ready Player One, un film de Steven Spielberg - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Ready Player One, critique

0

Êtes-vous de ceux qui sont nés entre les années 1970 et le début des années 1980, et qui ont apprécié tout ce que la culture populaire a offert dans les décennies à venir ? Si tel est le cas, vous n’avez aucune excuse pour ne pas vous immiscer dans le monde distrayant et remarquable de l’OASIS, conté par l’audacieux Steven Spielberg et rythmé par le score électrisant d’Alan Silvestri…

« La réalité est la seule chose qui soit réelle », lâche Samantha (Olivia Cooke), une des héroïnes de Ready Player One.

Ready Player One annonce le grand retour de Steven Spielberg à la science-fiction, un genre qu’il n’avait plus conçu depuis La Guerre des Mondes, en 2005, et un style qui lui sied à merveille. Pour ce retour, Steven Spielberg s’est entouré de l’écrivain Ernest Cline et de Zak Penn, l’un des scénaristes de The Grand et de X-Men : L’affrontement final, pour mettre en scène l’ouvrage du romancier. Le résultat qui en découle est surprenant. Apparaissent un film d’aventure et un revival divertissants et spectaculaires, dans lesquels Steven Spielberg s’affranchit de son sens de l’imagination pour nous offrir un spectacle d’une beauté visuelle éclatante. Et nous propulser à une vitesse fulgurante dans les années les plus prospères de notre vie : l’enfance et son pouvoir magique de reconnexion.

La structure du récit est limpide, dévoilant une scission radicale entre deux mondes : la réalité banale et chaotique de l’Ohio, où vit Wade (Tye Sheridan), un jeune homme adepte de nouvelles technologies, et son fantastique univers numérique. Dans cette ère futuriste, intitulée, l’OASIS, Wade y passe des heures à jouer sous l’avatar de Parzival. Ces deux mondes qu’il connait sont à l’opposé l’un de l’autre. L’Ohio ressemble à des favelas brésiliennes dans lesquelles s’entassent diverses caravanes au milieu d’une foule de déchets industriels, de pneus mis au rebut et de voitures défrichées. L’OASIS, quant à lui, s’appuie sur un univers de consoles vidéos de dernière génération, où tout ce qui n’est pas possible à faire dans l’Ohio le devient. Là-bas, Wade s’évade pleinement, allant jusqu’à prendre des risques insensés. Il conduit la célèbre De Lorean, il acquiert des milliers d’articles qu’il partage avec ses vrais amis tout en s’amusant avec un immense King Kong. Bref, ce nouveau Marty McFly peut aller n’importe où sans que ni sa sœur ni son beau frère oppressif freine son élan de créativité.

Ces deux univers sont au coeur d’un récit limpide, mais linéaire. Passer plus de temps dans l’OASIS que dans le monde réel est l’attraction principale de ce récit, fourmillant de multiples clins d’oeil à la culture populaire de ceux qui sont nés entre les années 1970 et le début des années 1980. Ces clins d’oeil, oscillant entre Batman, King Kong, le Géant de fer, Marty McFly et Superman, ne cessent d’influencer et de fasciner la jeunesse d’aujourd’hui par ses références cultes. Les jouvenceaux analyseront le retour de Steven Spielberg comme un film d’aventure distrayant, pendant que ma génération la contemplera comme un revival saisissant, dévoilant toutes les vertus de l’enfance sur l’apprentissage du lien social. Et c’est sans oublier la présence de surprises inattendues que cache l’OASIS, ce fantastique univers, cadencé par les scores enivrants d’Alan Silvestri, compositeur de la légendaire trilogie de Robert Zemeckis.

Compte tenu de ce qui précède, Ready Player One entre en tous points dans la catégorie de toutes ces oeuvres modernes faites pour atteindre le point faible des spectateurs. Le premier aspect est de les embarquer dans un revival divertissant et spectaculaire, regorgeant d’idées originales à leur grande surprise. C’est indéniable et l’on pourrait même se demander quel serait l’avenir du film sans la culture populaire de la génération Spielberg. C’est l’une des plus importantes critiques qu’on puisse faire à ce récit avant-gardiste. Le second angle se penche sur les jeux vidéos, entrainant la majorité des jeunes spectateurs dans un monde virtuel, où s’enchainent – à plus de 88 miles à l’heure – de merveilleuses choses avant l’évolution programmée de la technologie.

Mélange entre ces deux univers différents, l’intrigue de Ready Player One est forte simple. Ce qui commence comme un jeu vidéo new-look – pour Wade et ses amis en quête d’un oeuf de Pâques – évolue vers une aventure déterministe, où l’OASIS n’est pas ce qu’il prétend être. Et, au-delà de cette chasse au trésor au sein de cet OASIS, Steven Spielberg dénote avec son éternel regard d’enfant la présence écrasante de la superficialité et de la virtualité dans la vie de la jeunesse de nos jours. Se dessine un message subliminal bien plus intransigeant et profond que les participants n’osent à peine imaginer. Les appareils mobiles font partie intégrante de cet OASIS. Et voyager à travers le temps devient inquiétant pour ces personnages, enfermés dans leur téléphone, qui se défient dans un jeu vidéo sans prêter attention au réel. Cet état de fait est si dévastateur, si préoccupant que la phrase « la réalité est la seule chose qui soit réelle » prend son sens.

S’ajoute aux déplacements spatio-temporels un score aventureux et exaltant d’Alan Silvestri qui introduit de nombreux autres clins d’œil sans difficulté reconnaissables (ici, Faith de George Michael ou Saturday Night Fever des Bee Gees).

Que la recherche de l’oeuf de Pâques commence… 

Dirigé par deux d’entre eux, le casting est impressionnant de rigueur, faisant preuve d’une créativité hors-norme pour échapper au déterministe d’une société décadente, envahie par cet OASIS dont personne ne connait l’achèvement de la partie. Dans le monde réel, chacun des acteurs est à l’image de leur personnalité. À la fois intrépides, inventifs et sceptiques, ils se servent de leur avatar pour s’affranchir de leurs peurs sans jamais chercher à se laisser submerger par des sentiments compromettants. Qu’ils soient dans l’univers réel ou virtuel, ils sont fidèles à eux-mêmes, à leurs causes et à leurs principes moraux tout en se démarquant davantage dans cet OASIS en raison de la nature remarquable de l’environnement périlleux qui les entoure. Parmi ce casting se distingue Tye Sheridan qui irradie l’écran par une assurance et une volonté inébranlables, lors d’investigations qu’il mène vaillamment avec ses camarades. L’acteur de Joe et de Mud incarne un jeune homme qui échappe à sa triste vie en déversant tout son plaisir dans son avatar sans jamais la masquer. À ses côtés se trouve Olivia Cooke qui s’immisce avec mérite dans l’aventure de son partenaire. La comédienne de This Is Not a Love Story interprète Samantha (Art3mis), allant jusqu’à offrir un mélange détonant d’empathie et d’énergie virevoltante.

Pour le reste du casting, Mark Rylance et Simon Pegg prêtent respectivement leurs traits à James Halliday et à Ogden Morrow, le concepteur de l’OASIS et son fidèle assistant, qui se montrent comme des âmes aussi introverties que talentueuses. Tous les deux apportent un équilibre entre le monde réel et l’univers virtuel. La relation qu’ils entretiennent avec deux générations opposées est fascinante tant dans la façon dont celle de Ben Mendelsohn veut s’approprier un bien au détriment de celle de Tye Sheridan que dans la volonté de combler un déficit intellectuel, via la technologie.

Conclusion

En somme, Ready Player One est un récit divertissant et spectaculaire, mis en scène par un génialissime conteur, Steven Spielberg, et rythmée par l’énergique Alan Silvestri. Épaulé par Ernest Cline et par Zak Penn, l’auteur de La Guerre des Mondes réinvente avec audace et technologie la culture populaire de ceux qui sont nés entre les années 1970 et le début des années 1980. Et, par la même occasion, nous entraîne à vive allure dans un voyage saisissant à travers le temps. Ce sera pour les nostalgiques dans l’âme, comme moi, une puissante source salvatrice et revigorante qui, espérons-le, reconnectera la jeunesse à la réalité.

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...