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Rara, critique

Guillaume Blet 0

D’origines chiliennes, Pepa San Martín et Alicia Scherson reviennent sur le parcours de la juge Atala qui a perdu la garde de ses filles à cause de son homosexualité. Elles montrent la façon amorale dont l’union entre deux personnes de même sexe est perçue par des Chiliens conservateurs. Leur conte doux-amer n’est pas sans rappeler Kramer contre Kramer. Prenant appui sur ce film, elles confrontent nos idées reçues à la réalité et nous mettent devant le fait accompli : faut-il préférer voir un enfant malheureux dans les bras d’un parent hétérosexuel plutôt que de le voir s’épanouir au contact d’un parent homosexuel ?

Paula (Mariana Loyola) vient de séparer de son mari Victor (Daniel Munoz) pour emménager avec sa concubine Lia (Agustina Muñoz) et ses filles, Sara (Julia Lübbert) et Catalina (Emilia Ossandon), pleines de fougue et de vie. Pour cette famille recomposée, tout se passe à merveille. Jusqu’à ce que Catalina dévoile l’existence de Lia à ses camarades de classe, au grand dam de sa mère et de sa grande soeur.

À la fois discrète et observatrice, Sara est en pleine crise adolescente. Elle partage ses doutes, ses joies, ses peines sur l’adolescence à son amie Pancha (Micaela Cristi), alors que sa mère s’inquiète de ses notes. Sara, devant ses angoisses, n’écoute pas sa mère. Elle décide de partir en quête d’amour avec Julian (Nicolas Vigneaux) tout s’occupant de la maison et de sa cadette.

Dans la demeure familiale, les compliments et les reproches ne sont rien face à deux d’entre elles. D’une grande maturité, Sara et Catalina débordent d’énergie qu’elles insufflent à leur tribu un nouveau souffle de vie. C’est à demander si ce ne sont pas elles qui gouvernent le ménage. Une responsabilité prématurée inquiète leur grand-mère. Cette dernière rappelle à leur mère à quel point elle ne devrait pas délaisser ses responsabilités au profit de sa relation homosexuelle. De l’autre côté, Victor remet en cause l’éducation et la vie sociale de ses filles sans se demander s’il ne va pas récupérer leur garde.

Cette famille vit dans une ancienne autocratie qui ne devrait plus avoir de problème avec l’homophobie ou le sexisme. Et pourtant, les anciennes coutumes perdurent et mettent à mal la bonne évolution des mœurs. Elles créent une certaine forme d’injustice sociale envers une population homosexuelle contrainte de vivre en reclus. Les dialogues entre mère et filles et leur manière dont elles conçoivent la vie, soulignent un fort décalage entre vie privée et vie sociétale. Mère et concubine s’affichent sans aucune retenue pendant que Sara est en proie à des doutes existentiels et que Catalina est tourmentée par ses parents. En dépit des efforts de son ex-femme à éduquer tant bien que mal ses filles, Victor est contraint de faire une action : celle de satisfaire la morale stricte, mais douteuse de sa nouvelle amie, l’incarnation même de cette ancienne dictature en quête de sens.

Les comédiens jouent sur toute une palette d’émotion. Devant une mère homosexuelle en pleine fleur de l’âge, une grand-mère incompréhensive et un père soucieux de son éthique morale, Sara et Catalina en quête de repère font preuve d’une grande sagesse, lors de leurs entrevues avec leurs parents. Il est émouvant et fascinant de voir deux jeunes filles assumer un rôle important dans le foyer tout en s’affranchissant des conseils rétrogrades de leur entourage.

Les dernières minutes sont émouvantes, et la partition d’Ignacio Perez Marin y est pour beaucoup. Celle-là commence par encapsuler les propos sages des soeurs avant qu’elles affrontent un monde adulte âpre. Et, au-delà de cet affrontement, Pepa San Martín et Alicia Scherson nous dressent le portrait doux-amer d’une société arriérée qui préfère satisfaire sa morale bien-pensante plutôt que de penser aux enfants en mal de parents. C’est donc un portrait sans concession qui ne laissera personne indifférent, tant dans le point de vue des soeurs que dans la façon de faire évoluer les moeurs, quelles que soient les orientations sexuelles.

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