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Pris au piège, critique

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Lorsque la mythologie, le cinéma de genre et la comédie noire sont combinés dans une seule et même oeuvre, le résultat de ce mélange ne peut qu’éveiller notre curiosité. Et Álex de la Iglesia en profite pour signer une critique sociale acerbe à l’encontre de la société, où la peur pourrait à nouveau révéler les vrais visages…

Un matin comme les autres, le centre-ville madrilène est bondé. Occupées par leurs activités quotidiennes, des personnes qui ne se connaissent pas se retrouvent coincées dans un bar lorsque deux clients s’effondrent sous leurs yeux impuissants. Certaines sont effrayées de sortir et d’autres réfléchissent à une solution de repli. Mais quand les corps des défunts disparaissent mystérieusement de la circulation, les rescapés sont surpris de ne voir plus personne dans les rues et les médias ne semblent pas s’inquiéter de ce qui vient de se produire à l’entrée de ce bar. La tension des survivants monte d’un cran, allant jusqu’à soulever des questions intrigantes : ces deux clients retrouvés sans vie se connaissaient-ils ? Sont-ils le fruit d’une expérience savamment orchestrée par une société secrète ? Peuvent-ils mettre en danger l’existence des autres personnes dans le troquet ?

Pour Pris au piège, Álex de la Iglesia joue avec facilité et gouaille sur les nerfs de ses personnages pour les révéler à eux-mêmes. Il accentue même les contrastes d’éclairage de ce qui semble les unir dans ce bar austère pour un récit fluide, alerte, empli de mystère, où chacun se justifie. Et où la méfiance croît pendant que leur angoisse, leur colère, leur désespoir et leur peur suintent par tous les pores de leurs peaux.

Passant d’une situation à une autre, aussi différente que surprenante, allant main dans la main pour s’entraider ou s’entretuer, les survivants ne sont pas en reste. Et ils découvrent, au fil de ce qu’ils endurent, qu’ils sont loin d’être saints. Derrière ce qu’ils prétendent être se cache la face la plus égoïste et la plus sournoise de l’homme. Pour ne pas dire que ces défauts appartiennent à toutes les classes sociales, on y ajoutera un quota de pathétisme et de sarcasme pour nuancer la réalité, alors empreinte d’affrontements, où celle-ci est souvent une pantalonnade.

Les personnages sont hauts en couleur. Radicalement différents, ils s’unissent et se méfient d’une adversité insidieuse qui les a réunis dans un bar sinistre de la capitale espagnole. Ainsi, l’enquêteur paranoïaque (Joaquín Climent), la cliente malchanceuse (Carmen Machi), la jeune femme malheureuse (Blanca Suárez), la patronne cynique (Terele Pavez), le commercial désabusé (Alejandro Awada), le publicitaire barbu (Mario Casas) et le vagabond intellectuel (Jaime Ordóñez) forment un « melting-pot » de culture. Ce qui ressort, de façon éclatante, de cette mosaïque, ce sont l’attitude absurde, l’humour sarcastique et la sensibilité inouïe de leurs personnages. Chacun, à leur manière, est contraint de déserter leur zone de confort pour vivre une journée ahurissante que personne n’a imaginée avant de boire leur café.

Qu’ils prennent un café allongé ou serré, peu importe, ils sont pris au piège. Se rincer le gosier ne les changera pas, mais elle dévoilera leurs véritables visages. Basé sur un rythme narratif effréné, le dernier cru d’Álex de la Iglesia ne donne aucun répit à ceux qui sont en quête de cinéma de genre et de comédie noire à égalité de parts. Si quelque chose caractérise bien le réalisateur espagnol, c’est sa fidélité à son style cinglant et contestataire. Et sa capacité à nous faire réfléchir sur la façon dont l’homme est prêt à tout pour sauver sa peau, est criante de vérité. Ses personnages pris au piège ne sont que le reflet de ce que l’on est devenu : une âme aux visages doubles, tenue par un irrésistible besoin de jouer des rôles, et traduisant le caractère absurde, irrationnel et tragique de sa condition humaine.

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...

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