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Premier contact, critique

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Si rien n’est écrit à l’avance, cela n’est pas le cas pour les années qui défilent sans que nous puissions arrêter le compte à rebours. Celui-là est le cycle même de notre existence sur Terre. L’homme a une date de début et une date de fin à l’inverse de la nature. Ici, son dernier film métaphysique, Denis Villeneuve le montre clairement à travers l’histoire passionnante de Amy Adams. Cette dernière en experte du langage nous aide à apprivoiser l’autre, à respirer, bref, elle nous suggère de vivre l’instant présent pour ne pas tomber dans l’oubli…

Après ses quatre précédents films parfaitement orchestrés pour nous tenir en haleine, oscillant entre identité et rédemption, entre loi et morale, entre secrets et vérités, Denis Villeneuve gagne en assurance tout en revisitant avec une grande élégance le film d’anticipation inspiré de l’œuvre Story Of Your Life, de Ted Chiang.

Denis Villeneuve parvient d’emblée à nous captiver avec de mystérieux envahisseurs qui surgissent sur notre planète sans cerner notre langue. C’est alors que le colonel Weber (Forest Whitaker) fait appel à la linguiste Louise Banks (Amy Adams), soutenue par Ian Donnelly (Jeremy Renner), pour décrypter leurs messages avant que ses militaires ne les déciment et ne détruisent la race humaine. Sont-ils des envahisseurs pacifiques ou néfastes pour l’homme ? C’est ce que compte découvrir Louise Banks. Amy Adams qui l’incarne à l’écran est devenue une des comédiennes les plus demandées depuis qu’elle a joué chez David O. Russell (American Bluff), Steven Spielberg (Arrête-moi si tu peux) et Tim Burton (Big Eyes). À ses côtés, il y a Forest Whitaker et Jeremy Renner qui sont contraints de l’épauler pour concevoir son expertise comme quelque chose de rationnel. Cette expertise est certes étrange, mais captivante lorsqu’elle les fait remonter aux origines de l’existence et de la mission de l’homme sur Terre, par l’intermédiaire d’une judicieuse démultiplication d’outils technologiques aussi éblouissants que les ressentis déclamés par ces envahisseurs. Les deux hommes en militaire et suppléant linguistique sont à la fois déconcertés et fascinés.

La science-fiction est un univers auquel Denis Villeneuve n’est pas habitué à maîtriser. Et, pourtant, il réussit à l’exploiter habilement en le mélangeant avec ses autres thèmes que sont la quête d’identité et la quête de rédemption. Ainsi, aussi bien dans la psychologie affûtée de Louise Banks que dans les scènes filmées avec élégance et rigueur, Villeneuve donne un vrai sens à Enemy dans lequel il confrontait la réalité à la nature de la perception de l’homme, notamment dans sa capacité à jouer de multiples rôles pour effectuer sa mission : celle d’aimer sa femme, celle d’élever son enfant jusqu’à la maturation, celle de mentir à ses proches sur sa personnalité imparfaite, celle de voir le fantasme comme une fenêtre sur le réel, celle de transmettre à ses élèves son savoir.

Si Denis Villeneuve s’était focalisé avec Enemy sur la rencontre de l’homme avec son semblable, il s’interroge cette fois-ci sur sa rencontre avec son contraire qu’il doit appendre à connaitre. C’est en allant au-delà de ses propres frontières qu’il va y arriver et Villeneuve nous incite à faire de même tout en nous rappelant la puissance du langage et de l’alliance entre les cultures avant qu’il ne soit trop tard. Oui, le temps nous est compté. Nous sommes finis et limités contrairement à la nature qui est infinie. La nature dure et se maintient dans son être alors que nous ne faisons que passer comme de simples passagers. Les choses, quant à elles, se corrompent avec le temps et se changent à chaque instant. Nous ne les voyons qu’en passant. Les choses ont leur principe et leur finalité pendant que nous ne concevons ni l’un, ni l’autre. Les choses sont simples et nous sommes composés de deux natures : corps et esprit. Dieu nous a dotés d’esprits curieux, d’un cerveau, d’un esprit, d’une capacité d’apprivoiser la nature et de compétences pour améliorer notre sort sur la Terre. La guerre deviendrait inutile si nous nous servions de toutes ces facultés pour apprendre à nous comprendre, quelle que soit notre provenance, et à transférer à l’autre le fruit de son savoir. C’est par cette notion de transmission que les hommes vont perdurer comme la nature, et ce quel que soit le temps. Mais, faudrait-il encore que nos consciences s’éveillent en nous pour transmettre son savoir et vivre dès ses (premiers) contacts (pas) sur Terre ?

Denis Villeneuve joue donc la carte de la métaphysique dans son dernier film qui se veut comme une expérience particulièrement éprouvante, mais fascinante pour chacun d’entre nous, y compris le pragmatique Jeremy Renner et l’éblouissante Amy Adams en scientifiques passionnés. Villeneuve nous prouve qu’il est possible d’en mettre plein les mirettes avec le strict minimum pour aborder des sujets complexes, tels que la théorie des jeux et les outils d’analyse des comportements. Denis Villeneuve en profite même pour redéfinir l’homme et son espace-temps. Avec une base militaire et l’intérieur du vaisseau comme décors, Villeneuve nous transporte dans un nouvel univers grâce à sa façon d’utiliser les années (qui défilent sous les yeux de cette linguiste) comme un moyen de nous inciter à vivre l’instant présent sans penser au futur, ni au passé.

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