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Pourvu Qu’on M’aime, critique

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Âgé seulement de 29 ans, Enea, autiste et déficient mental, cherche à partager sa vie avec une femme de son âge. Ses deux copains décident de l’aider à réaliser son rêve. Un « road-movie » décalé, rempli d’humour et de tendresse, où l’amitié pourrait faire évoluer le regard sur autrui…

D’une réalité authentique, Pourvu Qu’on M’aime se concentre sur Enea, un jeune handicapé mental, qui souffre d’un problème d’interaction sociale, l’empêchant d’établir une relation avec l’autre. Avec ses deux amis qui l’incitent à voyager à travers l’Europe, Enea essaie par tous les moyens de ressentir une quelconque émotion avec les personnes de son âge, en particulier avec les femmes qu’il croise au cours de sa quête. Commence pour Enea un parcours du combattant et sa volonté de se dépasser n’est rien face à ce qu’elles imaginent : un homme extraverti au physique ravageur, sûr de lui, bref un homme parfait.

Avoir une vie intime sans contact extérieur est anormal. Il est regrettable de voir que les choix de vie dépendent de cette perfection. C’est avec ce constat que les propos de Denis Villeneuve prennent tout leur sens. Ce dernier le dit dans ses œuvres : l’homme, caractérisé par ses désirs, ses fantasmes, ses pulsions, ses valeurs, n’est pas fait pour vivre seul. L’homme doit se nourrir des autres tout en transmettant le fruit de ses recherches pour faire avancer l’humanité, et ce quelle que soit la normalité sociétale. Oui, avoir quelqu’un à ses côtés qu’on aime pour ce qu’elle est, est une chose normale. Oui, la vie à deux est accessible à tout un chacun. Mais, c’est loin d’être le cas avec ceux qui choisissent de se consacrer à Dieu ou ceux qui sont nés avec un handicap dont les difficultés sociales sont trop nombreuses pour vivre une vie à deux, faute à la bêtise humaine. Si vous considérez qu’une relation est difficile à vivre, ne désespérez pas et écoutez votre cœur, car chacun a quelqu’un sur Terre qui l’attend.

C’est ici un « docu-fiction », récompensé dans des festivals allemands, américains et italiens, que chacun d’entre nous devrait voir pour redécouvrir ce qu’est l’acceptation et la tolérance. Réalisé par Carlo Zoratti, ce « docu-fiction » aborde sans esbroufe l’amour et l’autisme pour nous désarmer. Et nous sensibiliser à un monde voisin qu’on côtoie chaque jour sans qu’on s’en aperçoive. Enea évolue grâce à ses deux copains et des thérapeutes bienveillants qui lui permettent d’appréhender l’autre, malgré son caractère introverti. Enea tente plusieurs approches pour aborder des femmes, mais c’est toujours avec la maladresse d’un enfant sauvage qu’il les accoste. Pourtant, Enea n’a pas grandi de cette façon, mais avec ces femmes du monde civilisé. Ce qui les distingue de lui est cette société normative, le considérant comme cet enfant et le condamnant à passer le reste de sa vie seul.

Cette histoire de solitude nous touche parce qu’elle est issue de la vie de Carlo Zoratti et parce qu’elle nous met en face de nos préjugés, nous montrant l’importance de la tolérance. Contrairement à des hommes extravertis, assoiffés de sexe, Enea apparaît comme un zombie asexué sans repères. Mais, faudrait-il que ces extravertis aident Enea ? Contrairement à ces derniers, les deux amis d’Enea lui présentent des prostituées pour qu’il découvre sa sexualité, son corps et l’autre. De ces relations effrayantes, Enea poursuit sa quête et ses deux copains le plongent dans une aventure peuplée de rencontres farfelues et insolites. C’est grâce à ce nouveau périple qu’Enea essaie une nouvelle approche thérapeutique. Enea s’appuie sur son expérience maladive pour franchir la porte d’un centre thérapeutique. Un centre qui lui permet de mieux se connaitre, se faire confiance tout en redéfinissant le monde de femmes. Loin d’être parfait, Enea va devoir faire la différence entre l’idéal et la réalité, l’amitié et l’amour.

Au cœur de cette aventure, oscillant entre l’Allemagne et l’Autriche, il y a des scènes d’une tendresse raffinée, notamment celle où Enea revoit la manière comment il doit apprivoiser son corps et dialoguer avec les femmes. Ce périple social est un bel hymne à la vie et au courage, qui nous montre qu’un autiste peut faire comme nous : nouer des liens et vivre avec autrui. C’est d’ailleurs lorsqu’il déclare sa flamme à une femme qu’il a croisée au théâtre, qu’il nous déconcerte et inquiète.

Carlo Zoratti porte donc un regard poétiquement différent et intéressant sur le monde de l’autisme, non loin de la réalité des hommes extravertis. Enea fait des rencontres qui tendent vers un érotisme raffiné, sensuel, tendre et le fait qu’il soit accompagné de ses deux amis nous emmène vers une aventure cocasse et humaine. Face à toutes ces rencontres, on sourit, même si Enea apparaît comme le symbole d’un miroir brisé ou, du moins, celui de l’inégalité des opportunités offertes par deux mondes, dont l’un continue d’ignorer l’autre sans le comprendre. Pourtant, le voyage que Zoratti nous offre est si bouleversant qu’il faut le savourer à plusieurs, quel que soit le handicap. Enfin, pour les plus intelligents d’entre nous qui l’auraient compris.

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...

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