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Poulet aux Prunes, critique

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En 2005, la bande dessinée Poulet aux Prunes avait remporté le prix du meilleur album au Festival d’Angoulême. Quelques années plus tard, les auteurs de Persepolis, Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, l’adaptent au cinéma. Avec un artiste – plongé dans une histoire d’amour inachevé – qu’ils suivent, ces auteurs nous montrent à quel point l’art musical peut apaiser la conscience et l’existence peut être aussi fragile qu’une note précieuse…

Téhéran, 1958. Un stradivarius se brise. Nasser-Ali (Mathieu Amalric), un des plus célèbres violoncellistes de son ère, perd le goût de vivre et la passion pour la musique. Ne trouvant aucun instrument digne de le remplacer, il décide d’attendre le dernier soupir dans son lit. Alors qu’il espère le saisir, il s’enlise dans de profondes songeries aussi mélancoliques que drôles qui le ramènent à la vie et qui le renvoient à sa jeunesse, à son grand désespoir. Au fil de ses aventures, il croise Azraël (Edouard Baer), l’ange de la mort, et Houchant (Jamel Debbouze), le mendiant bienveillant. De ces deux rencontres, la destinée de ses enfants se profile, allant jusqu’à remonter à un secret qu’il cache depuis sa plus tendre enfance : une merveilleuse histoire d’amour pour la musique.

Après avoir présenté leur célèbre bande dessinée à la Mostra de Venise 2011, Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud nous plongent ici dans leur monde animé et fantaisiste. Des nuages de fumée précédant le départ lyrique du violoniste vers l’imaginaire, des œillades langoureuses et des paroles affectueuses envahissent notre regard ébahi devant l’interprétation céleste de Mathieu Amalric et de Golshifteh Farahani. De ces deux acteurs touchés par la grâce à la bonté de Jamel Debbouze, en passant par les convaincants Edouard Baer, Isabella Rossellini et Maria de Medeiros, ils nous submergent rapidement par cet univers expressif, empli d’une philosophie d’une poésie féeriques et somptueuses.

Mis en lumière par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, l’adaptation de leur bande dessinée aux couleurs chatoyantes est d’une richesse inouïe tant sur l’aspect artistique que sur le plan technique. Ils confirment à eux deux leur véritable talent, ponctué d’une imagination débordante. Scandée par un merveilleux monde lyrique, cette adaptation éclaire la pensée tragique de Nasser-Ali : « ce que tu as perdu sera dans chaque note que tu joueras ». Le violon brisé, leur violoncelliste en quête de sens se laisse mourir et sa femme lui fait un adieu : « Joue pour moi, ta musique est si belle » au coeur d’un récit dramatique tour à tour burlesque, poétique, spleenétique et touchant.

NDR : Poulet aux Prunes – Diffusé le 18 novembre 2014 – Arte.

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