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Polisse, critique

Guillaume Blet 0

Vous avez demandé la police, ne quittez pas, une opératrice va vous répondre. Elle s’appelle Maïwenn et les forces publiques qu’elle propose ne sont pas celles que vous croyez. Il s’agit ici de Polisse, un uppercut cinématographique qui vaut bien ceux qu’administrent certains inspecteurs poussés à bout, lors de situations insoutenables…

Maïwenn pose sa caméra au coeur de la brigade de protection des mineurs, située au nord de Paris. Entre les murs bleus et roses défilent toute la panoplie de la misère humaine : des enfançons s’indignent contre le comportement violent de ceux qui les exploitent ; des patriarches sont accusés de pédophilie ; un musulman se lamente de ne pas avoir réussi à marier sa progéniture mineure à un cousin ; une adolescente porte plainte pour avoir été maltraitée par ses camarades de classe ; une Africaine dépose son gamin à la police pour lui épargner l’environnement néfaste de son entourage ; une petite fille déclare avoir été abusée sexuellement par son père. Et, au-delà de ce quotidien insupportable, les inspecteurs parviennent à afficher leur solidarité et à partager des fous rires pendant les pauses. Même si la frontière est mince entre travail et vie privée.

Après Pardonnez-moi et Le Bal des Actrices qu’elle avait signés en 2006 et en 2009, Maïwenn change de ton. Elle dresse un portrait authentique d’une brigade de protection des mineurs pour évoquer habilement la violence injustifiée faite à l’encontre des enfants. Pour y parvenir, Maïwenn mobilise dix fonctionnaires, mi-polices des mœurs, mi-polices des cœurs, autour d’un quotidien sombre et triste. Le visage de ces policiers est double. Ils incarnent tantôt des inspecteurs chevronnés, un brin psychologues, préservant la Ve République de la délinquance, tantôt des êtres humains angoissés, dépressifs, désabusés et fragilisés par une vie conjugale et sociale instable.

Caméra au poing, Maïwenn entraine ses acteurs dans une singulière escouade policière, affrontant la véritable misère humaine de nos quartiers sans fléchir. L’ensemble des comédiens se révèlent convaincants, ils oscillent avec dextérité entre l’humour et le cynisme, la tendresse et la violence. Ils s’expriment et se surpassent, allant même jusqu’à atteindre une certaine limite humaine face à l’atrocité des situations qu’ils rencontrent. De leur capacité à endosser un comportement à un autre, Maïwenn analyse avec diligence les différents sujets abordés, enchaînant des instants difficiles et des moments légers. D’un accouchement d’une fille violée à une réflexion sur l’alcoolisme ou sur l’adultère, en passant par des blagues potaches dans le commissariat, on ne sait pas si l’on doit pleurer ou rire.

Entre 2011 et 2012, Maïwenn obtient le prix du jury à Cannes ainsi que le César du meilleur jeune espoir féminin et celui du meilleur montage. Ces récompenses sont méritées pour un film sensible qui ne dénonce jamais les comportements et qui ne dénigre personne. Que ses personnages soient coupables, témoins ou victimes, Maïwenn ne polémique à aucun moment sur les affaires de mœurs les unissant, examinées entre autres par Emmanuelle Bercot, Jérémie Elkaïm, Joey Starr, Karin Viard, Marina Foïs et Nicolas Duvauchelle. De son simple regard de photographe, Maïwenn, aussi discrète que possible, les suit et dévoile avec objectivité la complexité du propos et le mal-être de la société.

NDR : Polisse – Diffusé le 23 novembre 2014 – Arte.

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