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Personal Shopper, critique

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Après Sils Maria, Olivier Assayas demande à Kristen Stewart d’être à nouveau son héroïne dans Personal Shopper, son dernier film intrigant et sensoriel, mêlant psychologie et spiritualité. Un film qui nous interroge en permanence sur la frontière entre âmes et corps, entre défunts et vivants…

Visage marqué, l’actrice Kristen Stewart se met dans la peau d’une dénommée Maureen qui s’occupe de la garde-robe d’une célébrité reconnue. Anxieuse et soucieuse, Maureen apprend le décès de son frère jumeau Lewis, un médium installé à Paris et victime d’une maladie rare. Elle décide de se rapprocher de cet être qu’elle aimait plus que tout et avec qui elle était proche pour mieux cerner les raisons de sa brutale disparition. Pour y parvenir, elle rencontre les amis de son frère tout en maîtrisant un don spirituel qu’elle croit détenir de lui.

Peu de temps après son arrivée à Paris et une échographie cardiaque normale, Maureen est sujette à des ruminations mentales et des tourments intérieurs. D’étranges messages anonymes et des bruits viennent l’envahir. Jusqu’à semer la panique dans son existence désordonnée où le temps défile à une vitesse fulgurante qu’elle ne vit que pour son métier. Son esprit est confus, l’entraînant dans toute une série de raisonnements insensés. Mais, lorsqu’elle se confronte aux comparses de son frère, elle comprend qu’il est peut-être bon d’accepter cette perte. Et de continuer à vivre sans se poser de questions toutes plus inexplicables les unes que les autres avant qu’elle regrette sa vie. Cette mort lui est certes difficile à accepter, mais elle n’est pas si insupportable à gérer, si elle pense à ce que son frère ou, du moins, son âme pouvait penser d’elle. Doit-elle négliger son existence avec un travail superficiel qui ne lui laisse pas le temps de souffler ou se reprendre en main pour montrer à son frère son bonheur à travers une vie plus épanouissante ?

Une question qui permet à Olivier Assayas de mettre à nu Kristen Stewart face aux troubles mentaux de Maureen. Des troubles irrationnels qui n’expriment que sa solitude, sa tristesse ainsi que ses peurs de ne plus savoir vivre seule. Ils renforcent même ce que disait Carl Gustav Jung au sujet de ce qu’une âme pouvait réellement ressentir après la perte d’un corps. Ici, il s’agit de la nécessité de Maureen à vouloir reprendre contact avec l’âme de son frère dont le corps est parti dans l’au-delà. Cette nécessité n’est pas le fruit d’un hasard, mais elle provient du subconscient de l’âme de Maureen, prête à tout pour faire son deuil, c’est-à-dire combler son manque de repères sociaux lié à la perte de son frère, par le biais d’une âme fraternelle qui l’a toujours protégée. Elle illustre le résultat d’une quête existentielle que les amis de son frère jugent comme quelque chose d’abstrait. Probablement parce qu’ils ne savent pas faire la différence entre un corps et une âme.

À travers le parcours de Maureen qui attend désespérément le signal de son frère, Olivier Assayas nous questionne sans cesse sur la puissance des liens au-delà de notre existence, les freins qu’ils peuvent parfois constituer et notre rapport aux morts. Son héroïne évolue dans le monde de la haute couture où les personnalités qu’elle gère sont condescendantes avec elle. Lassée de son métier encore plus insensé que sa quête sur fond de spiritualité, Maureen finit par transgresser les interdits pour faire une chose qu’elle désirait tant et que son frère aurait vraisemblablement voulu voir avant son dernier souffle : celle de donner à sa vie dissolue un peu plus de saveur et de sens.

Ce changement de situation paradoxale fait le sel d’un récit déconcertant qui montre l’univers feutré des grandes maisons de la mode et du luxe, et du travail d’Hilma af Klint, une pionnière suédoise fascinée par l’occulte. Cette fascination, si importante pour Maureen, reflète l’incarnation de Victor Hugo (Benjamin Biolay) qui entrait en contact avec les âmes en faisant tourner les tables.

Olivier Assayas mélange le fantastique et le paranormal pour nous sensibiliser sur le sens réel de l’existence, même si son héroïne reste dérangée malgré son changement de vie aussi subite et volontaire que le décès de son frère. À moins que derrière ses troubles se cache une quête bien plus profonde qu’elle ne l’imagine : celle où elle doit encore s’assurer que son âme et son corps soient en harmonie avant de satisfaire l’âme de son frère et de savourer sa nouvelle existence. En tout cas, c’est ce qui nous amène à penser que nous continuons inconsciemment à entretenir des relations avec les âmes de nos défunts qui veillent à ce que nous soyons le plus heureux possible.

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