Critique : Passengers, un film de Morten Tyldum - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Passengers, critique

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Réalisé par Morten Tyldum (The Imitation Game) et scénarisé par Jon Spaihts (Prometheus), Passengers orchestre une rencontre élégante et futuriste entre deux jeunes gens autour d’importantes questions de moralité…

Après avoir rendu un bel hommage à Alan (Mathison) Turing avec The Imitation Game, Morten Tyldum change de registre et passe d’un biopic historique à la science-fiction, mêlant effets spéciaux novateurs et réflexions morales. Dans son nouveau film Passengers, un vaisseau spatial transporte 5000 âmes humaines et 200 membres d’équipage en hibernation pour les emmener sur une autre planète où ils vont pouvoir construire une nouvelle existence. Au cours de son voyage, soit 90 ans avant qu’il n’atteigne sa destination, le vaisseau aussi insubmersible que moderne entre en collision avec un astéroïde. Jim Preston (Chris Pratt), un ingénieur talentueux, est réveillé. Il constate qu’il est la seule personne à être éveillée à bord de ce vaisseau, à l’exception d’un barman androïde (Michael Sheen) avec qui il discute.

Jim se plonge dans les bouquins de sa cabine pour mieux cerner les raisons de son réveil tout en trouvant un moyen de contacter le personnel de bord et de retourner hiberner. Ne voyant personne d’autre se réveiller, il s’est résigné au fait qu’il doit vivre seul dans ce vaisseau. Cette peur grandit et se renforce tant et si bien qu’il décide de se jeter dans l’univers. Emporté par son désarroi et son élan colérique, il tombe nez à nez avec le compartiment d’hibernation d’une jeune femme.

Si Jim résiste à l’impulsion de ne pas la réveiller, il se met cependant à étudier les dossiers des passagers pour en savoir plus sur celle qu’il désire désespérément. Cette jeune femme s’appelle Aurora Lane (Jennifer Lawrence). Elle est une romancière qui a embarqué dans ce vaisseau pour aller vivre une vie extraordinaire et la raconter à ses lecteurs. De plus en plus fasciné par ce qu’il apprend sur Aurora, il réfléchit davantage sur ce qu’il peut faire pour ne pas vivre seul et sur ce qu’il ne peut pas faire. Peut-il changer irrévocablement le destin d’Aurora en la réveillant ? Au fil des semaines, il pense de nouveau au suicide avant de craquer et de filer le parfait amour avec Aurora. Tous deux s’amusent à merveille dans ce vaisseau. Jusqu’à ce que la vérité éclate de la meilleure manière qui soit. Probablement pour nous montrer comment la science-fiction peut nous faire plus réfléchir sur une question morale importante : supporter l’isolement n’est-il pas aussi insupportable à gérer que mentir à celle que nous libérons pour vivre intensément à ses côtés ?

Si vous arrêtez de réfléchir à ce qu’une vraie personne pourrait faire dans une telle situation, il devient évident qu’il y a beaucoup de considérations éthiques dans le dilemme de Jim. Le jeune homme est-il une mauvaise personne parce qu’il n’a pas suivi sa conscience, affectant une autre personne au même sort que lui ? Sa culpabilité peut-elle être atténuée par le fait qu’il a vu sa décision comme un symbole d’autopréservation plutôt qu’un désir personnel ? L’attitude de Jim est-elle impardonnable aux yeux d’Aurora ou reste-t-il encore une place pour la miséricorde ?

Pendant que Jim répare le vaisseau avec Gus (Laurence Fishburne), un membre d’équipage, lui aussi réveillé, Aurora essaie d’agir pour faire face aux conséquences inévitables de la décision de Jim avant de prendre conscience que ses espoirs et ses rêves sont loin d’être brisés. Elle profite du geste désespéré de Jim pour vivre cette extraordinaire vie que son père écrivain lui conseillait tant pour son imagination. Parce que l’homme, quels que soient sa condition et ses choix, aura toujours besoin du contact des autres pour aimer, avancer, évoluer, partager, transmettre, etc.

Chris Pratt et Jennifer Lawrence forment tantôt deux âmes mal appariées, tantôt un couple élégant et raffiné. La comédienne gère à merveille les émotions contradictoires qui conduisent Aurora à vivre au côté de Jim. Son partenaire interprète Jim, un ingénieur rongé par l’isolement et la culpabilité, et se laisse aller à la lueur de sa partenaire. Il lui manque un peu de profondeur émotionnelle pour que sa thérapie introspective soit aussi aboutie que celle de Jennifer Lawrence ou de Tom Hanks (Seul au monde).

À la croisée de Star Trek et du Titanic, Passengers est un film de science-fiction atypique, mais fascinant avec sa question morale : que devons-nous faire ou ne pas faire pour vivre avec autrui ou seul ? Que l’un libère l’autre pour ne plus être angoissé par la solitude ou que l’autre ne tolère pas les raisons du geste du premier, il n’y a ici ni coupables, ni victimes, mais seulement deux âmes esseulées dont la divergence des choix de vie individuels va ne faire plus qu’un seul passager. Ni l’une, ni l’autre ne va accepter l’isolement et le mensonge et ce qui précède les pousse à cultiver leurs divergences pour retrouver un certain équilibre dans leurs existences et vivre le présent sans penser au futur, ni au passé. Pour ces deux âmes isolées comme pour nous d’ailleurs, c’est une expérience éprouvante, enrichissante et palpitante qu’il faut faire à deux avant qu’il ne soit trop tard.

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