Critiques : Paranoïa et Fleuve noir, deux films - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Paranoïa et Fleuve noir, critiques

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Après Logan Lucky où l’agent britannique Daniel Craig s’était offert une parenthèse amusante, Steven Soderbergh revient à ses premières années, marquées par les thrillers labyrinthiques mentaux et sinueux. Cette année, lui et Erick Zonca se prennent pour Martin Scorsese, auteur du célèbre Shutter Island, en mettant Claire Foy et Vincent Cassel devant leurs peurs les plus intimes au sein d’un environnement à part. Ce qu’ils verront, sous les yeux de deux patients fiévreux et reconvertis, sera-t-il le fruit de leurs imaginations ou du réel ?

Salariée d’une petite entreprise de service spécialisée dans le domaine du service client, Claire Foy n’est pas folle, mais simplement angoissée par l’idée de vivre une existence ordinaire qu’elle maitrise de jour comme de nuit. L’orchestrer avec tout un tas de routines quotidiennes, rythmées par les horloges d’une société affectée et réservée, finit par la faire chavirer, allant jusqu’à imbriquer son récit dans plusieurs intrigues cauchemardesques. Au réveil, la réalité n’est plus ce qu’elle était et Steven Soderberg nous la dévoile du point de vue d’une étourdissante Claire Foy. Le regard ébahi et froid de la comédienne donne matière à réflexion sur la volonté implacable de l’homme à définir des règles et sur ce qui en découle lorsqu’on vit entre désirs et réalité. Ne pas les distinguer est symptomatique de troubles de psychotiques dont le personnage de Claire Foy est victime, nous entrainerait, d’une façon ou d’une autre, dans les dédales d’une vie quelque peu inquiétante ou malaisante.

À l’image de Claire Foy, qui s’est retrouvée victime de sa propre frustration lorsque son quotidien s’est mélangé à de sombres rêves, Vincent Cassel, un commandant de police à la dérive, se trouve, lui aussi, dans le même état d’esprit. Une étrange absence l’habite, pendant qu’un enseignant en français et son fils sèment le trouble dans ses pensées. Parviendra-t-il à faire toute la lumière sur cette disparition tout en gardant sa pleine lucidité ?

Un père quasi absent, une mère aimante et fragile, deux parents désemparés annoncent d’emblée l’inquiétante séparation de l’un de leurs enfants. Au fil de l’instruction, un enquêteur à la fois âpre, alcoolique et obstiné rencontre un enseignant en français discret dont la finesse d’esprit l’obnubile curieusement. Aveuglé par cette instruction, il croise les observations déroutantes de ce professeur avec ceux des déclarants. Son investigation s’oriente décidément vers ce semeur de troubles qu’il dépeint comme un prétendu accusé jusqu’à l’introduction d’une phrase éloquente, déclamée par Franz Kafka à un père qu’il prétendait être dominateur et intransigeant. Que signifie concrètement « prétendre être » pour ce commandant de police nerveux ? La lucidité d’un enseignant tourmenté l’aide étrangement à compenser son ivresse pour résoudre une enquête pénible, où l’apparence suspicieuse peut être révélatrice d’une vérité sombre que son esprit grisé n’a pas imaginée lorsqu’il s’en est approché.

En résumé :

Plongés en plein coeur d’un labyrinthe tortueux, Claire Foy et Vincent Cassel découvrent à quel point une vérité peut prendre plusieurs visages pour les plus inhabituels et révélateurs de confusion mentale. Quelle que soit la forme qu’elle épouse chez des âmes contrariées, telles que leurs rôles, elle n’est jamais ce qu’elle prétend être. Et retrouver sa matière grise peut s’avérer nécessaire pour la percevoir dans le puzzle, se rapprocher d’elle comme de ceux – ou de ses troubles – qu’on pourchasse sans vraiment appréhender. Et, en fin de compte, se rétablir d’une réalité idéale qu’on mentalise.

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