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Ouvert la nuit, critique

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Avec son troisième film Ouvert la nuit, Edouard Baer revient derrière et devant la caméra. Derrière sa désinvolture et son cynisme se dévoile un homme de scène poétique et sensible qui ne manque pas de toupet lorsqu’il dépeint la société comme une friandise parsemée d’humour et de fantaisie…

Patron inconséquent, fantasque et rêveur, Luigi (Edouard Baer) a une nuit pour sauver son théâtre de la faillite : une nuit pour dénicher un singe capable de monter sur les planches lors de l’avant-première de La Femme et le Singe ; une nuit pour récupérer l’estime de son metteur en scène japonais ; une nuit pour regagner la confiance de son équipe et de sa meilleure amie Nawel (Audrey Tautou). Luigi va devoir aussi profiter de cette nuit pour démontrer à Faeza (Sabrina Ouazani), une jeune stagiaire de Sciences Po, tellement pétrie de certitudes, qu’il existe d’autres façons dans la vie d’appréhender les obstacles. Luigi entraîne cette stagiaire dans une succession de scènes poétiques et théâtrales, où le burlesque et le cynisme la sortent énergiquement du chaos.

Au fil de cette nuit parisienne mouvementée, où s’enchaîne donc ces saynètes à la fois drôles, lyriques et inconvenantes, Edouard Baer en patron procrastinateur ne cesse de s’opposer à tout une série de personnages typés pour mieux dépeindre la société et ses aléas : le dresseur du singe (Jean-Michel Lahmi) plongé dans une quête désespérée, sa dévouée assistante Nawel en train de parer ses gaffes, ses machinistes Kamel (Atmen Kélif) et Lolo (Lionel Abelanski) en pleines galères et son régisseur Marcel (Grégory Gadebois) contraint de vivre chez des Africains pour pallier à ses promesses non tenues. Mais, c’est sans oublier un figurant (Michel Galabru) et un metteur en scène japonais d’une exigence inégalable, qui s’amusent avec les nerfs de ce patron désinvolte. Leurs attitudes concourent à le ménager, à instiller le malaise qu’il a créé au sein de son théâtre, en lui renvoyant en pleine face ce qu’il ne veut pas voir. L’échec de son management, englouti par la dynamique d’un monde artistique négligent, n’est peut-être pas un mauvais choix ou, du moins, s’avère comme une solution pour affronter la société. Avec aplomb, élégance et légèreté.

Il faut souligner qu’au fur et à mesure que la quête nocturne du personnage d’Edouard Baer avance, ses problèmes matériels vont peu à peu s’effacer pour évoquer une idée utopique du théâtre, délivré des contingences bassement financières, où l’argent ne serait jamais une entrave à la création artistique et où la mise en scène serait utile pour masquer la dureté de la vie.

Entre folie douce et tempérament lunaire, Ouvert la nuit est donc cette petite sucrerie poétique, teintée d’humour et de fantaisie, où l’inoubliable Michel Galabru, le singulier Edouard Baer et leurs comparses extravagants nous offrent un moment gracieux d’une grande humanité.

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