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Oppression, critique

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Derrière l’intrigue simplissime de Farren Blackburn se cache une histoire particulièrement angoissante et intrigante pour une belle-mère qui apprend à ses dépens la véritable nature d’un beau-fils paraplégique qu’elle croyait connaitre. Une histoire qui oscille entre manipulation psychologique et perversion narcissique dont ni l’un, ni l’autre ne pourrait sortir indemne. À moins que l’une de ces deux personnes ne s’amuse avec les apparences pour ne plus être oppressée…

L’enjeu dramatique est posé dès le départ du film : Mary Portman (Naomi Watts), une belle-mère et une pédopsychiatre, voit son quotidien bouleversé par l’arrivée d’un accident de voiture, entrainant le décès de son époux et rendant son beau-fils Stephen (Charlie Heaton) tétraplégique avec qui elle entretient des liens indéfectibles depuis qu’elle s’est mariée avec son père et qu’il a développé des troubles du comportement. Mary est contrainte de s’occuper toute seule de Stephen tout en exerçant son métier dans le cabinet, situé à deux pas de chez elle.

Pendant l’une de ses consultations à son cabinet, Mary fait la connaissance de Tom (Jacob Tremblay), un petit garçon introverti, qu’elle veut aider avant que sa maman ne l’envoie dans une famille d’accueil. En rentrant chez elle, après sa journée de travail, Mary est réveillée en pleine nuit et constate la présence de Tom dans son salon. Lorsqu’elle s’absente pour refermer la porte d’entrée de son chalet, elle découvre qu’il n’est pas là. Mary signale sa disparition à un policier (Tim Post).

Peu de temps après cette énigmatique disparation, Mary est prise de paranoïa et est sujette à des hallucinations. C’est alors qu’elle assiste à d’étranges phénomènes dans son chalet. S’ensuivent ensuite des apparitions, des bruits bizarres et des cauchemars nocturnes qui s’intensifient jusqu’à ce qu’elle confonde réalité et rêves. Son confrère (Oliver Platt) la raisonne et lui explique que ce qu’elle entend ou ce qu’elle voit au cours de ses nuits mouvementées sont irrationnels. Mary s’empresse de faire des recherches sur Tom qui demeure introuvable et elle reste persuadée qu’il est le seul à l’aider à résoudre son problème. Ce qui nous amène à penser qu’elle voit en Tom un Stephen qu’elle admirait tant avant l’accident, et vice-versa. La valeur de cette relation entre Mary et son beau-fils est évidente pour chacun d’entre nous : Mary, si soucieuse de l’éthique médicale, représente aux yeux de Stephen sa « mère » et son médecin. Ce qui nous fait penser que Mary joue, envers et contre la déontologie médicale, un double drôle. Probablement par crainte de ne pas oublier de s’occuper médicalement de son beau-fils qu’elle doit envoyer dans une maison de soins spécialisée.

Mary, de plus en plus angoissée, parvient à faire une étonnante découverte. Celle-là provoque une réaction inattendue de Stephen, l’entrainant, lui et sa belle-mère dans sa folie démentielle. Ce qui devait être une simple aide médicale pour Mary se transforme peu à peu en une relation cauchemardesque entre elle et Stephen. Épaulée par son confrère, Mary est forcée de rentrer dans le jeu de Stephen pour faire une seconde découverte encore plus dégoutante que la précédente : son beau-fils est affublé du complexe d’Œdipe depuis qu’elle a entretenu une relation avec son père. Ce sont ces deux découvertes qui pourraient expliquer ses troubles.

Autour de la relation fusionnelle entre une belle-mère et son beau-fils, Farren Blackburn instaure un climat inquiétant, reposant sur l’isolement de Mary et de Stephen dont elle s’occupe précautionneusement, et s’appuyant sur des choses irrationnelles. Des choses qui finissent par se révéler rationnelles lorsqu’elle fait le rapprochement entre ce qu’elle a découvert et les troubles du comportement de son beau-fils. Ce nouvel élément nous permet de mieux cerner la dispute que Stephen a eue avec son père qui voulait l’envoyer en pension (non, l’éloigner de celle qu’il aimait).

Naomi Watts se démène comme elle peut pour discerner le vrai du faux à partir d’un Charlie Heaton. Elle réussit difficilement à nous faire ressentir sa peur viscérale, même si elle apparait un poil angoissée. Charlie Heaton est la révélation du film. Il incarne le rôle d’un Stephen troublant face à un père sévère et à une belle-mère aimante. Dans sa façon d’agir, Charlie Heaton est tellement déconcertant qu’il nous entraine dans les méandres de son jeu pervers et nous fait douter. Jusqu’à nous faire basculer dans une autre réalité, parsemée de faux semblants, de rancœurs et de vérités malsaines. Face au duo Watts-Heaton, il y a Oliver Platt et David Cubitt qui amènent un peu de douceur au sein d’une intrigue anxiogène glissant lentement vers l’inquiétant (l’admiration dévorante d’un adolescent à l’égard de sa « mère ») et l’irréparable (l’accident de voiture d’un père).

Porté par une Naomi Watts inégale, mais déconcertée par ce qu’elle découvre au fur et à mesure de sa quête, et un Charlie Heaton surprenant, Oppression est un film psychologiquement prenant qui va en laisser plus d’un sur le bord de la route à cause de son sujet : le complexe d’Œdipe. Ce sujet initié par Sigmund Freud nous permet de mieux comprendre l’impact dévastateur d’un amour sur le développement d’une relation « parent-enfant » et la manière dont les géniteurs doivent éduquer leurs progénitures. Ce qui nous pousse à repenser notre modèle parental d’éducation, notamment en aidant nos enfants à sortir pour qu’ils maturent, divorcent puis jettent leurs dévolus sur une partenaire de leurs âges.

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