Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

November Criminals, critique

0

Dès les prémices, Addison évoque le décès de sa mère et le sentiment d’impuissance qu’il a ressenti face à sa disparition. Cette allusion pourrait être une conséquence plus ou moins directe de ce qu’il vivra des années plus tard. Scénariste du célèbre Terminal de Steven Spielberg, Sacha Gervasi adapte l’ouvrage de Sam Munson, The November criminals, et le simplifie autant que possible pour se mettre au diapason de cet adolescent parti à la recherche d’une vérité insaisissable…

Au premier abord, Addison apparait comme un jeune homme inélégant et naïf, mais il peut aussi être une personne gracieusement précoce et prétentieusement rétro. Après les souvenirs qu’il a narrés quand il était avec sa mère, Addison reprend le cours d’une vie ordinaire, loin de celle de ses camarades happés par la modernité. Il écoute des cassettes, il met en scène un journal intime avec une caméra VHS et il utilise un biper à la place d’un « smartphone ». Ansel Elgort qui l’interprète préfère se glisser dans la peau d’un adolescent simple (Nos étoiles contraires) plutôt que d’incarner l’alter ego de Ryan Gosling qu’il jouait dans Baby Driver.

Addison et sa petite copine, Phoebe (Chloë Grace Moretz), aspirent à des études classiques à l’Université de Chicago. Un après-midi, pendant qu’ils perdent leur virginité ensemble, leur meilleur ami, Kevin (Jared Kemp), se fait tuer par balle au bar où il travaille et où ils le croisent chaque jour. Accablée par l’assassinat d’un homme de couleur noire, la police métropolitaine du Colorado le décrit comme un règlement de compte entre bandes insolubles. Addison, refusant de croire à cette version, émet des doutes sur le lien entre Kevin et un gang. Il se lance dans sa propre enquête. Entre des affiches qu’ils apposent sur les murs du lycée, des dossiers scolaires qu’ils empruntent et des camarades interrogés par Phoebe, Addison reconstitue le puzzle, découvrant tout un tas de surprises insoupçonnées sur l’existence de Kevin. Jusqu’à l’entrainer, lui et Phoebe, dans une aventure sensorielle, où des blessures maternelles ne sont pas sans conséquence sur leur vie future à l’université.

Lorsqu’ils essaient de se comprendre, les adolescents sont maintes fois un mystère fascinant pour eux-mêmes et leurs proches. Ils sont doués pour vivre des existences séparées parmi des groupes d’amis distincts. Ils peuvent, comme Kevin, se révéler tantôt des personnes bien sous tous leurs rapports, tantôt des protagonistes douteux. Pourtant, le meurtre de Kevin ne s’avère pas si complexe qu’il le pense. Addison trouve des pistes et les suit linéairement jusqu’à une résolution, où la vie apparait si aléatoire et cruelle que les jeunes de son âge se sentent impuissants. Face à cette impuissance, ils se relèvent difficilement d’un deuil pour s’orienter vers l’avenir. Les adultes, en particulier la mère de Phoebe (Catherine Keener), le père d’Addison (David Strathairn) et le principal du lycée (Terry Kinney) viennent souvent s’opposer à l’enquête d’Addison. Son investigation consciencieuse compense la mort prématurée d’une matrone décédée d’une rupture d’anévrisme, dont l’arbitraire le rendait confus, fautif et vulnérable.

L’enquête d’Addison le mène dans les recoins les plus sombres de Washington D.C., l’éloignant, au moins temporairement, des chemins tortueux de la culpabilité et de son existence confortable auprès de ses proches. Les dealers qu’il croise distribuent des stupéfiants, allant même jusqu’à harceler les passants et inciter des étudiants à se droguer pour surmonter la pression des cours. Les camarades de lycée et les enquêteurs de la neutralité ethnique omettent cependant de reconnaître qu’une société non raciale n’existe pas. Quels que soient la couleur de peau et le type de milieu, lesdits camarades sont aussi désinvoltes qu’ordinaires et les agresseurs se révèlent comme des protagonistes multiraciaux, au grand dam des forces de l’ordre.

En fin de compte, les seules personnes qui ne peuvent pas être de couleurs noires sont Ansel Elgort et Chloë Grace Moretz. Quand les deux jeunes amoureux qu’ils incarnent décident d’officialiser leur relation, ils entretiennent leur premier rapport sexuel sous des draps blancs aveuglants et cette couleur éclatante qui s’en dégage compense le ton crémeux de leur peau. Les comédiens usent de ce teint pour aborder le racisme de la police de leur ville, composée d’inspecteurs typés, pour le dénoncer et pour redresser le tort causé à Jared Kemp.

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...