Critique : Nocturama, un film de Bertrand Bonello - myCinéthèque Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Nocturama, critique

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De différents origines et milieux, des jeunes individus agissent méthodiquement pour faire exploser quatre sites symboliques dans Paris, dont le ministère de l’Intérieur. Ces jeunes, devant le constat d’une société malade où la démocratie est étouffée, décident d’agir et de répondre à l’extrême à cette question : pourquoi n’explose-t-elle pas ?…

Il y a quelques mois avant Nocturama, Nicolas Saada revenait sur la prise d’otage qui s’est déroulée dans un hôtel à Bombay en novembre 2008. Il montrait à travers celle-ci le point de vue des victimes face à des terroristes absents. Un point de vue captivant, terrifiant et saisissant. Ici, le point de vue de Bertrand Bonello est exactement à l’opposé. Les victimes ne comptent presque pas et ceux qui occupent l’écran sont les assaillants. Ces derniers sont un groupe de jeunes gens hétérogènes, venus de milieux divers, dont on aimerait bien connaître les motivations réelles de leur projet commun : celui d’emprunter un chemin sinueux et celui de commettre l’irréparable. Leurs motivations demeurent mystérieuses du début à la fin. Seul un échange de propos sur le paradis offert à ceux qui sacrifient leur vie, donne une maigre indication.

Il faut reconnaître à Bertrand Bonello d’indéniables qualités de mise en scène lorsqu’on se souvient de sa version de Yves Saint-Laurent (Saint Laurent). Avec Nocturama, il fait de même en jouant habilement sur l’ambiance stylisée et en brouillant les intentions de ses personnages ambigus. Il en profite aussi pour nous plonger au cœur d’une réalité sombre : celle où la revendication croise la violence sans raison, ni justification.

Si Bertrand Bonello se concentre essentiellement sur l’esthétisme de sa nouvelle œuvre et la fluidité de sa mise en scène, il ne nous convainc pas. On ne parvient pas à bien cerner les enjeux de son propos ou, du moins, ceux de ses personnages. Qui sont-ils ? Pourquoi convergent-ils vers un seul endroit de Paris ? Que veulent-ils faire dans ce lieu si ce n’est qu’ils semblent perdus ? Peut-être qu’ils représentent une certaine jeunesse inconsolable, inconsciente ou désœuvrée en proie à des angoisses existentielles ou en quête de sens. Peut-être qu’ils veulent exister face à un État qui brûle leurs ailes sans les écouter, ni leur proposer un avenir meilleur. Peu importe l’un ou l’autre, un profond malaise s’est dorénavant installé avec, en filigrane, cette question qui martèlera les esprits : jusqu’où la jeunesse peut-elle être l’acteur de sa propre vie ?

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