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Monsieur je-sais-tout, critique

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Prenant appui sur l’ouvrage d’Alain Gillot, La Surface de réparation, François Prévôt-Leygonie et Stéphan Archinard évoquent le sujet sérieux de l’asperger et de la famille dans une comédie délicate et tendre. Et dans laquelle cohabitent un adulte plein de certitudes et un autiste qui essaieront de plaider en faveur d’une société inclusive…

L’adulte s’appelle Vincent (Arnaud Ducret). Il est un ancien footballeur professionnel dont une blessure au genou a mis un terme à sa carrière. Il n’a ni femme ni progéniture, mais des lunettes de soleil et une Mercedes décapotable vintage pour courtiser une jolie doctoresse, Mathilde (Alice David), à l’école de sport, où il travaille. Arrogant et tête à claques, il ne cesse de fournir des réponses sèches et sans appel à ses partenaires qu’il forme sur le terrain pendant qu’il attend un contrat avec un club chinois. C’est à ce moment-là que Mathilde interrompt ses projets de carrière en lui présentant un enfant, Léonard (Max Baissette de Malglaive), son neveu, qu’il connait à peine. Âgé de 13 ans, le jeune garçon est atteint du syndrome d’asperger, une forme légère d’autisme qui se traduit, entre autres, par des difficultés relationnelles, un besoin de rituels et de comportements répétitifs. Et dans son cas, comme chez d’autres personnes souffrant du même symptôme, par d’étonnantes capacités intellectuelles. S’installe entre Vincent et Léonard une relation déconcertante et déstabilisante.

En l’absence d’une mère hospitalisée, Vincent redécouvre les joies d’une famille qu’il a fuie pour emprunter une carrière sportive. Il est contraint de s’occuper de Léonard avant qu’il n’intègre un établissement spécialisé. Au fil du long chemin qu’ils parcourent ensemble, Vincent perd peu à peu d’assurance devant la maturité et les connaissances de son neveu. Léonard parle vite, sur un ton sérieux, allant jusqu’à esquiver les regards des autres et répéter de façon mécanique ses phrases. « Tu as réponse à tout ! », annonce Vincent quand il déplace son lit pour le mettre en accord avec la rotation de la Terre et obtenir d’elle une qualité de sommeil. Léonard lui rétorque plusieurs fois : « Je dis toujours la vérité ». Alors, Vincent, sur un mode provocateur, lui demande son opinion sur le football et Léonard lui fait une surprenante leçon. Il voit le football comme un jeu d’échecs simplistes, échafaudant tout un tas de stratagèmes sophistiqués et produisant des statistiques qui agacent son oncle et ses équipiers. Léonard malmène les certitudes de ceux qu’ils croisent, du terrain aux rayons des supermarchés, où s’il n’applique pas ses théories échiquéennes pour arrêter des penaltys, il remet en cause la précision des balances de pesée des fruits et légumes. Bousculé et intrigué par l’intelligence de Léonard, marqué par un grand-père qui l’a initié au sport, Vincent finit par lui donner sa chance, évoquant le football comme un vecteur d’inclusion sociale et transformant l’arrogance en humilité.

Toujours avec justesse et sobriété, Max Baissette de Malglaive nous touche par la grandeur d’âme et la maturité du jeune garçon qui l’incarne. Petit bonhomme frêle et vouté, il déstabilise ses partenaires, en particulier Arnaud Ducret, un formateur bourru et orgueilleux, et se révèle surprenant dans sa tenue de gardien de but. En croisant les matchs qu’il regarde à la télévision avec une connaissance affutée des échecs, Max Baissette de Malglaive gagne la confiance des autres joueurs quelque peu sceptiques. Et, par la même occasion, reçoit le soutien d’une Alice David, médecin du sport, persuadée que la place de son personnage n’est pas dans un établissement de santé spécialisé, mais dans un centre de formation de football.

Si certaines situations paraissent simplistes, notamment un médecin du sport peut-il diagnostiquer le syndrome d’asperger ? Les médecins expédient-ils systématiquement un autiste dans un service de psychiatrie ? – l’appréhension de l’autisme et les difficultés d’intégration sociale de l’autiste sont particulièrement convaincantes.

Dans cette histoire délicate et tendre, on rit, on s’émeut, on sourit lorsque Léonardo dénote le football comme une partie d’échecs simpliste, fait des grimaces à un animal empaillé ou encore sème la zizanie dans un supermarché. Et le clou de l’histoire est la blague sur la normalité que le jeune garçon lâche à son oncle quand ils s’apprivoisent. Tous les deux éclatent de rire jusqu’à ce que Vincent ressorte la boutade aux autres joueurs. Il vient sans le savoir d’entrer dans l’univers de l’autisme et constate à quel point la société n’est pas aussi empathique envers la différence que sur le terrain. Sa rencontre avec son neveu se transforme comme une belle leçon sur l’autisme dont le gouvernement d’Édouard Philippe s’est approprié pour soutenir 600 000 victimes à mieux s’intégrer en France (cf. l’article de La Croix intitulé L’autisme : le gouvernement dévoile son plan pour rattraper le retard).

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