Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

Money, critique

Guillaume Blet 0

Que feriez-vous si vous tombez sur un étranger désespéré, seul, la corde au cou, dans son salon ? Au premier abord, vous lui prêteriez assistance. Mais, si vous étiez entré chez lui par effraction pendant que vous l’avez retrouvé dans cette position inconfortable, l’auriez-vous sauvé ? À défaut de répondre à cette question majeure, trois amis s’empressent de lui venir en aide, même si leur geste pourrait être la pire décision prise dans leur existence. Leur avarice de désir peut-elle s’avérer comme l’issue d’une vie dont ils n’ont aucune idée de ce qu’elle pourrait advenir par la suite ?

Le simple fait de porter assistance à cet étranger n’est pas un acte de conscience, mais plutôt le fruit d’une démarche impulsive de la part d’un des trois amis en quête d’une vie meilleure. Fatigués de leurs fins de mois difficiles, lui et ses deux camarades ne connaissent pas le jour ni l’endroit de leur intervention. Apparait aussi un coffre-fort qui pourrait les intéresser. Ce qu’ils ne savent pas est l’identité réelle du propriétaire de la valise. Cet homme pourrait être un fonctionnaire d’État influent. Qu’importe, ils veulent voler son gain. Bien que l’argent ne semble pas signifier grand-chose pour ce fonctionnaire enlisé dans un scandale, il est sur le point de recevoir un appel téléphonique décisif et cet appel pourrait sauver tout ce qu’il a construit.

Dès le départ, des mafieux des pays de l’Est donnent le ton d’une histoire complexe, noire et tendue, où les coïncidences sont troublantes entre une saisie de leurs marchandises et une mystérieuse mallette détenue par un étranger. Peu de temps après cette saisie, ils se retrouvent dans un bar, non loin de la zone portuaire du Havre, et se mettent à raconter une blague à propos de trois souris. La première boit du cognac français et en devient amoureuse. Le deuxième ingurgite de la vodka polonaise et se transforme comme un animal belliqueux avant de s’endormir. Le troisième sirote un verre de raki serbe et demande constamment à connaitre l’emplacement du chat qui les traque. Bien sûr, ces mafieux applaudissent pour la troisième souris, mais être constamment aux aguets pourrait-il les amener, eux et plusieurs autres individus, jusqu’au point de non-retour ?

Dans une société noire et violente, comme celle des mafieux, la plupart des règles de conduite sont caduques. Avec leur air juvénile et leurs cheveux hirsutes, les trois amis qui en sont issus le perçoivent bien. Chacun a sa définition de l’argent. Chacun possède ses raisons pour s’engager dans un plan dont personne ne peut imaginer la tournure des évènements. Danis (George Babluani), un ancien délinquant des pays de l’Est, est devenu un père de famille inexpérimenté. Son passé violent n’est jamais très loin lorsqu’il se fait accoster par des membres d’un gang au détour des rues havraises désertes. Il compte prendre sa revanche sur le milieu néfaste qui le poursuit. Éric (Vincent Rottiers) espère rembourser un maître chanteur (Louis-Do de Lencquesaing) aux doubles intentions et visages. Alexandra (Charlotte Van Bervesselès) ne pense qu’à aspirer à une existence meilleure, l’écartant des toilettes du bar qu’elle récure chaque jour. Qu’est-ce que vaut leur engagement ? Gela Babluani crée un portrait crédible de personnes sous pression, tenues sans cesse par l’irrépressible besoin de trouver une solution rentable pour survivre dans leur univers sinistre.

Visuellement, on est rapidement immergés dans un paysage d’ombres. La palette du film s’assombrit comme le récit rédempteur des trois amis, plongés malgré eux dans une spirale de violence infernale, et l’on se demande même si les choses pourraient être différentes à l’aube. Gela Babluani obscurcit parfois l’action, souvent nous montre ce qu’il veut qu’on voie. Se dessine ainsi une sombre réalité de la vie quotidienne d’une jeunesse égarée, contrainte de commettre les pires actions pour se sortir d’une spire sans fin, où en une nuit folle et nerveuse, ses adversaires ne lâcheront aucun centime. Pour cette jeunesse se produit tout un enchainement de désagréments auxquels elle essaie de corriger la trajectoire. Et le gain ne pourra que laisser dans son existence une empreinte indélébile.

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...

Défiler vers le haut