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Moka, critique

Guillaume Blet 0

Emmanuelle Devos, devant la mort de son fils, est déterminée à retrouver la propriétaire d’une voiture, de couleur moka, non loin d’Evian. Cette ville au charme naturel est une source de convivialité, mais elle pourrait ne plus l’être si elle retrouve le responsable de ladite voiture. Si elle y parvient, le face-à-face pourrait être impitoyable et se terminer soit sur un non-lieu, soit sur un verdict un poil plus dramatique…

Frédéric Mermoud raconte ici l’histoire de Diane (Emmanuelle Devos), une mère divorcée et terrassée par le décès de son fils renversé et tué par un chauffard. Quelques années plus tard, Diane se retrouve dans une maison de repos pour faire le deuil de cette brutale disparition. Mermoud la filme longuement en plan rapproché. Il n’y a aucune parole, mais juste des regards parfois perdus, souvent lourds, qui en disent long sur la souffrance de la jeune femme.

Un jour, cette dernière se reprend vite en main et sort de l’établissement. Persuadée que les forces de l’ordre ne font rien, elle décide de traquer le responsable de l’accident. Pour l’aider dans sa quête, un détective (Jean-Philippe Écoffey) se joint à elle et il lui indique qu’un conducteur de bus, présent sur les lieux du drame, a constaté la présence d’une voiture de forte cylindrée, avec à son bord une femme blonde accompagnée d’un homme. Ce détective confie à Diane une liste de quatre voitures qui pourraient correspondre à ce signalement.

Discrète et silencieuse, Diane commence son enquête en observant ces fameux véhicules jusqu’à ce qu’elle ausculte un coupé « 300 SL » dont le pare-choc avant semble avoir été remplacé. Pendant qu’elle regarde de près la voiture, Marlène (Nathalie Baye), une esthéticienne, se présente à elle. Diane s’immisce peu à peu dans l’intimité de Marlène, allant jusqu’à devenir amie, jouer la cliente de son cabinet et l’entrainer dans un engrenage de conflit dangereux. À l’image de Marina Foïs, toujours irréprochable dans la préparation de ses plans, Emmanuelle Devos est remarquable dans le rôle d’une coupable présumée et d’une justicière hésitante. Elle est présente dans chaque plan. De tous les plans, elle passe, en un regard, de la dureté au doute, de l’entêtement à la sympathie au sein d’un récit à l’atmosphère pesante.

D’un regard incertain à un regard sévère, Emmanuelle Devos n’a peur de rien, pas même d’une Nathalie Baye, acariâtre et touchante, en fausse blonde manucurée et lucide sur les ravages de l’âge. Méfiante de son compagnon plus jeune qu’elle, Nathalie Baye impressionne, lors de plusieurs face-à-face décisifs avec sa rivale. Ce sont des confrontations captivantes entre deux actrices au sommet jusque dans les contrastes vestimentaires : la première est démaquillée et négligée, en basket et en parka verte informe, et la seconde, toujours vêtue d’un chemisier léopard, est perchée sur des talons aiguilles.

Avec Moka, un drame et un thriller « hitchcockien », Frédéric Mermoud fait monter la tension palpable au sein d’un cadre ravissant entre Evian et Lausanne, entre lacs et montagnes. Avec, comme seul élément intriguant, une voiture qui relie deux actrices fortes et impitoyables. La relation entre ces dernières est délicate et cette finesse vient de la romancière Tatiana De Rosnay qui ne cherche nullement l’affrontement, mais plutôt l’analyse et la réflexion à travers les silences accablants. Ceux-là sont capables de faire monter l’angoisse sourde et de faire tomber les masques. Si Emmanuelle Devos incarne le deuil en action, sa collègue Nathalie Baye ne fait que symboliser le mystère d’une vie chaotique et énigmatique, pleine de déconvenue.

Si vous appréciez ma chronique, ce serait sympa de la partager...

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