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Moi, Daniel Blake, critique

Guillaume Blet 0

Chômage, inaptitude ou invalidité liée à une maladie professionnelle (ou non) peut arriver à chacun d’entre nous. Personne n’est à l’abri d’être (ou de se retrouver) dans une de ces situations. Il est important que les mentalités changent et que les gens soient un peu plus compréhensifs, respectueux et tolérants qu’ils le sont aujourd’hui, selon Ken Loach, à l’occasion de la remise des prix dans trois prestigieux festivals du film…

Après avoir décroché la palme d’or et le prix du jury œcuménique à Cannes ainsi que le prix du public à Locarno, Ken Loach continue son ascension en raflant quelques mois plus tard le prix du public au festival de San Sebastian. Ce franc succès est lié à sa belle initiative d’avoir donné la parole à des chômeurs et à des invalides, comme Daniel Blake et Katie, pour qu’ils racontent leurs combats contre l’administration lancée dans une absurde chasse aux assistés.

Âgé de 80 ans, Ken Loach n’a jamais trahi son engagement civil et son sens de l’honneur quand il est passé du drame (Jimmy’s Hall, Just a kiss ou Le Vent se lève) à la comédie (Looking for Eric). C’est toujours le cas avec Moi, Daniel Blake, où le cinéaste britannique défend les plus démunis que la société laisse de côté tout en dépeignant la réalité sombre de son pays natal. Ken Loach narre cette fois-ci le récit éprouvant de Daniel Blake, victime d’un infarctus. L’administration déclare cet homme comme une personne valide qui ne peut pas recevoir de pension d’invalidité, alors que les médecins l’ont diagnostiqué comme une personne invalide.

Dans ce récit intimiste, Daniel Blake n’exprime pas seulement ses difficultés à s’extirper de son quotidien, ses douleurs qu’il endure depuis sa convalescence, mais il s’interroge sur les rapports entre l’administration publique et les hommes de son acabit. Daniel en déduit que son limbe est plus proche du gouffre infernal que le purgatoire, car les fonctionnaires de l’État qui ne cherchent pas à le comprendre sont plus éloignés de Dieu par rapport aux saintes âmes du purgatoire.

Si l’administration ne l’aide pas et le laisse vivre dans la misère, Daniel Blake décide de faire preuve d’une énergie inouïe pour ne pas renoncer à ses droits, au désavantage de son handicap. Le temps lui est compté, voire précieux, car lorsque le cœur d’un homme est malade, chaque instant de vie peut lui être fatal. Cette peur du temps le pousse à se battre avant de perdre sa dignité ou de disparaitre dans une société cynique et intolérante.

Grâce au soutien indéfectible de ses deux voisins turbulents, mais généreux, Daniel Blake tient le coup jusqu’à ce qu’il rencontre Katie (Hayley Squires), une chômeuse intelligente et sensible, et ses deux jeunes enfants. C’est alors que Daniel voit en la présence de ces trois nouveaux amis un présent tombé du ciel qu’il dépeint comme un amour lointain, mais tellement puissant et viscéral, que plus personne de l’administration ne pourra l’attaquer. Cette nouvelle famille est pour Daniel sa bonne étoile qui a illuminé sa vie, là où il commençait à s’essouffler.

Porté par un remarquable Dave Johns, Daniel Blake est l’antithèse de tous ces hommes qui n’ont pas réussi à s’élever pour réclamer le prix de leur courage à se réinsérer honorablement. Dans la peau de Katie, Hayley Squires est touchée par le cri de désespoir qu’a lancé son partenaire pour retrouver un peu de dignité : « Moi, Daniel Blake, j’exige une date de fin avant de crever de faim ». Cette phrase marque – non seulement la colère et le malaise profond d’un homme à bout de souffle face à une administration absurde et sourde -, mais aussi le retour inespéré d’une jeune femme qui lui tend à son tour la main.

Si Katie s’est prostituée au grand détriment de Daniel Blake qui l’a tant aidée, alors qu’il ne la connaissait pas, elle poursuit son combat sur un formidable hommage, en guise de remerciement et de soutien. Cet hommage est le résultat d’une amitié hors pair entre Daniel et Katie, entre deux générations opposées qui s’entraident envers et contre tous. La première transmet à la seconde sa force pour qu’elle puisse retrouver un brin d’espoir et de fierté au sein d’une société immorale et intransigeante. En donnant la parole à Daniel puis à Katie qui termine un discours, lors d’une cérémonie déchirante, Ken Loach transforme un combat contre l’administration en une ode à la dignité et à la solidarité, mettant chacun d’entre nous devant ses responsabilités. C’est en nous plaçant au pied du mur que nous finissons par percevoir la douleur de ces deux personnes et par prendre conscience que tout ce qu’elles endurent peut nous arriver. Personne n’est à l’abri d’être mis à l’écart de la société, à la suite d’un infarctus ou d’une dépression.

Avec un récit réaliste et touchant écrit par Ken Loach et Paul Laverty, et porté magistralement par Dave Johns et Hayley Squires, Moi, Daniel Blake se concentre sur la souffrance de l’homme. Cette souffrance ne provient pas de la défaillance de ses organes, mais de la lâcheté de l’administration qui détourne les droits de l’homme au profit d’une législation absurde et complexe. Humaniste, Ken Loach défend avec toujours autant d’audace et de bravoure qu’avant ses convictions profondes : celle de faire changer les moeurs sociétales, de les rendre plus justes et de nous inciter à préserver nos droits, quels que soient notre handicap, notre statut, etc.

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